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Sans rien dire, il avance ses pions vers l’élection. Samedi 13 janvier, le président de la transition au Tchad, Mahamat Idriss Déby, a été désigné candidat du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti fondé par son défunt père, à la présidentielle prévue en octobre. Depuis la mort du président Idriss Déby Itno, en avril 2021, le général de 39 ans est engagé dans un jeu de manœuvres pour légitimer le pouvoir dont il a hérité.

La nouvelle Constitution, adoptée par référendum le 17 décembre, l’autorise à se présenter au scrutin censé clore la période de transition. Si le général cinq étoiles n’a pas commenté son investiture, « il a déjà une autoroute devant lui pour gagner l’élection », indique un ministre : « Le MPS est le seul parti implanté sur l’ensemble du territoire. »

L’avenir électoral de Mahamat « Kaka » – un surnom hérité de sa grand-mère, qui l’a élevé – est encore incertain, mais le coup de poker réalisé avec la nomination de Succès Masra, son opposant le plus virulent, au poste de premier ministre du gouvernement de transition, le 1er janvier, est un gage de décrispation du climat politique. Si cette décision révèle la volonté d’« inclusivité totale » du chef de l’Etat, selon une source gouvernementale, elle est aussi un moyen de neutraliser l’opposition la plus critique.

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Charismatique leader du parti Les Transformateurs, Succès Masra s’était exilé suite aux manifestations du 20 octobre 2022 contre la prolongation de la transition de vingt-quatre mois. La répression avait fait 73 morts, selon le décompte officiel. La Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH) a pour sa part recensé 218 victimes, et l’opposition plus de 300.

Depuis, Mahamat Idriss Déby s’emploie à jouer la carte de la réconciliation. Les accords de Kinshasa, négociés en novembre sous l’autorité du président congolais, Félix Tshisekedi, ont tout à la fois permis le retour de Succès Masra à N’Djamena et de laver la réputation du jeune général. Une séquence diplomatique où il apparaît comme tendant la main à son principal ennemi.

« Succès Masra a grillé un joker »

« La majorité de ses proches étaient contre cette nomination, indique une source à la présidence. Faire entrer Succès Masra au gouvernement, c’était un risque à prendre. Cela lui donne une tribune et des moyens financiers pour battre campagne. Dans cette situation, Mahamat a suivi le conseil du directeur des services de renseignement, le Franco-Tchadien Ahmed Kogri. Mais en devenant chef du gouvernement, le président des Transformateurs a grillé un joker. De farouche opposant en exil, il est devenu un acteur clé de la transition. Alors que tous les potentiels rivaux à Mahamat sont devenus, à un moment, chefs du gouvernement [comme Albert Pahimi Padacké et Saleh Kebzabo], la ligne rouge fixée par l’Union africaine, selon laquelle aucun acteur de la transition ne peut participer à l’élection, devient caduque. »

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