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Qu’elle a semblé délicate à porter, la mémoire du colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, pour ses anciens compagnons d’arme venus témoigner devant la cour d’assises spéciale de Paris. Comment, lorsqu’on sert une institution dont la règle ne se discute pas et où le protocole sauve des vies, trouver les mots justes pour honorer celui qui a donné la sienne en contrevenant à toutes les procédures d’intervention ?

Au deuxième jour du procès des attentats de Trèbes et Carcassonne (Aude), mardi 23 janvier, trois anciens collègues d’Arnaud Beltrame ont raconté l’opération au cours de laquelle le colonel a perdu la vie. Chacun à sa manière, ils se sont efforcés de rester fidèles à la discipline militaire sans écorner l’image du héros, esquissant, tout en retenue et en non-dits, l’ambivalence d’un sacrifice qui a profondément marqué la gendarmerie.

Ce 23 mars 2018, vers 10 h 50, Radouane Lakdim, un délinquant radicalisé, vient de s’enfermer avec une otage, une hôtesse de caisse, dans la salle des coffres du Super U de Trèbes après avoir tué trois personnes.

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Le major Anthony Garcia, commandant du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Carcassonne, fait partie des premiers intervenants arrivés sur place. Il décide rapidement de pénétrer dans le magasin avec ses hommes afin d’évacuer les civils et de « fixer » le terroriste.

« Je lui dis qu’il faut pas faire ça »

Il en informe le colonel Beltrame, qui vient de les rejoindre. Plus gradé que lui, Arnaud Beltrame pilote alors les formations antiterroristes dans tout le département et « avait d’ailleurs monté un exercice de prise d’otages dans un magasin en 2017 », se souvient le major. Le colonel n’étant pas équipé de casque ni d’arme d’épaule, Anthony Garcia lui confie une radio afin qu’il les tienne informés de tout mouvement du terroriste.

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La colonne a déjà progressé entre les rayons quand le major s’aperçoit qu’Arnaud Beltrame les a suivis : « Je lui demande de rester à couvert et de ne pas intervenir. » Les gendarmes poursuivent leur avancée et évacuent les victimes. « Nous avons alors entamé une discussion avec le preneur d’otage. Et à ce moment, le colonel Beltrame prend la main, il propose au terroriste de s’échanger avec la caissière. Je lui dis qu’il faut pas faire ça, il s’avance quand même, dépose son arme et s’enferme dans la salle des coffres.

– Vous lui avez demandé de ne pas procéder à cet échange ?, insiste le président.

– Le fait de s’échanger n’est pas prévu par la procédure. Le protocole dit d’évacuer les victimes, puis de fixer le terroriste de façon à lui couper toute liberté de mouvement. »

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