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Pendant près de six heures, le ministère public a patiemment enroulé son réquisitoire autour de l’accusé, comme un boa resserrant ses anneaux autour de sa proie. Une lente et suffocante étreinte au terme de laquelle il a demandé à la cour d’assises spéciale de Paris, mardi 2 avril, de condamner Audrey Mondjehi, le principal accusé de l’attentat du marché de Noël de Strasbourg, à une « peine lourde » : trente ans de réclusion pour « association de malfaiteurs terroriste » et « complicité d’assassinats terroristes ».

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a dressé un portrait accablant d’Audrey Mondjehi pour expliquer sa sévérité : « Si nous nous en étions tenus à la gravité des faits, nous nous serions arrêtés à vingt-cinq ans. Mais la peine prend aussi en considération la personnalité de l’accusé… » Un accusé de 42 ans au lourd passé judiciaire, déjà condamné vingt-quatre fois en autant d’années, qui « s’autoconforte dans ses mensonges » et « n’éprouve pas une once de culpabilité » alors qu’il est « celui qui a fourni l’arme à l’assaillant ».

Rappeur amateur et délinquant confirmé, Audrey Mondjehi est jugé pour avoir fourni plusieurs armes à un ami de quartier, le terroriste Chérif Chekatt, dont le pistolet avec lequel ce dernier a assassiné cinq passants, le 11 décembre 2018. Tout l’enjeu de ce procès était de savoir s’il était conscient de la radicalisation du tueur, ce qui fonderait l’« association de malfaiteurs terroriste », voire de son projet d’attentat, ce qui caractériserait la « complicité d’assassinats terroristes ». « La distinction réside dans le degré de connaissance du projet », a résumé le PNAT.

Cercles concentriques

L’accusation a donc procédé par cercles concentriques pour tenter de démontrer la double culpabilité d’Audrey Mondjehi. Durant trois mois, entre septembre 2018 et le jour de l’attentat, l’accusé a servi d’« intermédiaire zélé » pour fournir différentes armes au tueur : une kalachnikov défectueuse, un revolver, une grenade et enfin le pistolet avec lequel il passera à l’acte.

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Mais savait-il que Chérif Chekatt était radicalisé ? Audrey Mondjehi affirme qu’il a passé ces trois mois avec le terroriste pour tuer le temps, qu’ils ne parlaient « de rien de spécial » et qu’il n’était donc pas au courant qu’il était djihadiste. « Mensonges ! », cingle le PNAT, qui rappelle que Chérif Chekatt ne se cachait pas de ses sympathies idéologiques auprès de ses proches, au point que plusieurs connaissances avaient refusé de l’aider à trouver des armes.

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