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Histoires Web mercredi, février 21
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« L’affaire Théo » est d’abord « l’affaire Castelain », et ce procès, celui d’un geste : un coup de matraque qui a bouleversé l’existence de Théodore Luhaka, et laissera au jeune homme de 29 ans de pénibles et permanentes séquelles.

Au septième jour d’audience, mercredi 17 janvier, le policier Marc-Antoine Castelain s’explique devant la cour d’assises de la Seine-Saint-Denis, à Bobigny, et l’on peine à croire que cet homme de 34 ans au physique passe-partout, ni grand ni costaud, lunettes fines et crâne dégarni, mains jointes qui se triturent dans le dos, est le même que celui en uniforme qui matraque allègrement Théodore Luhaka à l’écran – huit coups en quarante secondes, dont le dernier fait débat.

Pour la énième fois depuis le début du procès sont diffusées les images de l’interpellation qui a dégénéré, le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Au premier rang, Théo regarde le sol. A la barre, Marc-Antoine Castelain commente : « Je n’ai jamais eu l’intention de provoquer ça » ; « Je ne porte pas le coup de manière démesurée » ; « La situation était très stressante, l’adrénaline était au plus haut ».

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Il dit et redit que son « coup d’estoc »« un geste appris en école de police », qu’il n’avait « pas l’habitude de faire » – était censé toucher « le haut de la cuisse » afin de « faire fléchir » le jeune homme qui refusait de se laisser menotter, et d’extraire un de ses deux collègues qui se trouvait au sol dans une « situation très compromettante ». Impossible de placer un coup fouetté classique en raison du « champ restreint » et du risque de frapper ses deux collègues aux prises avec Théo.

Le coup d’estoc imprécis a provoqué une rupture du sphincter et une lésion de dix centimètres du canal anal. La voix de Marc-Antoine Castelain chevrote : « Ça me hante, faut pas croire. Tous les jours, je pense à la blessure de monsieur Luhaka, tous les jours j’ai prié pour qu’il se remette. J’ai causé une blessure affreuse, sans avoir l’intention de le faire. » Marc-Antoine Castelain encourt jusqu’à quinze ans de réclusion.

« Je reconnais, c’est pas réglementaire, pas déontologique »

« L’affaire Théo » est aussi « l’affaire Castelain-Dulin-Hochart ». Car les jurés auront à se prononcer sur d’autres gestes violents commis dans la foulée du coup de matraque litigieux par Marc-Antoine Castelain et ses deux collègues, Jérémie Dulin et Tony Hochart, gestes auxquels les avocats de celui qui les a subis accordent autant d’importance.

Alors que Théo est menotté, Marc-Antoine Castelain lui décoche par exemple « un revers de la main » au visage. Explication de l’accusé : « Je suis à côté de lui, je comprends pas pourquoi il a eu cette opposition, je lui parle, il me répond pas, et j’ai ce geste. Je reconnais, c’est pas réglementaire, pas du tout déontologique. Aujourd’hui, je le regrette, et ça, je m’en excuse. Mais c’est un geste instinctif, ma volonté n’est pas de lui faire mal, je lui ai pas détruit le visage.

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