Une attaque-suicide dans l’école coranique historique des talibans au Pakistan a causé la mort de quatre personnes, vendredi 28 février, dont son directeur, Maulana Hamid Ul-Haq, a annoncé la police à l’Agence France-Presse (AFP). La madrasa est fréquentée par les plus hauts dirigeants du mouvement tant pakistanais qu’afghans. « Les premiers résultats pointent vers un attentat-suicide », a dit Abdul Rasheed, le chef de la police locale à l’AFP.

Noor Ali Khan, officier de police, a, de son côté, évoqué une « explosion puissante » survenue le jour de la grande prière hebdomadaire musulmane dans cet établissement fréquenté toute l’année par des centaines d’élèves, à 110 kilomètres au nord-ouest d’Islamabad. « L’explosion est venue du premier rang, juste derrière l’imam, à l’heure de la prière », a-t-il poursuivi, assurant toutefois ne pas savoir dans l’immédiat si les fidèles étaient encore rassemblés ou s’ils s’étaient déjà dispersés.

Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, et son ministre de l’intérieur, Mohsin Naqvi, ont condamné un acte « terroriste ». L’attaque n’a pas été revendiquée dans l’immédiat. A Kaboul, Abdul Mateen Qani, porte-parole du ministère de l’intérieur taliban, a « condamné fermement » cette attaque, l’imputant à « des gens de l’Etat islamique ».

Depuis des mois, Islamabad et Kaboul ne cessent de s’accuser d’héberger sur leurs sols respectifs des groupes « terroristes » décidés à attaquer le pays voisin – plus particulièrement la branche régionale de l’organisation Etat islamique (EI), l’Etat islamique au Khorassan (EI-K). La madrasa d’Akora Khattak est devenue, au fil des décennies, le symbole des talibans et de leur vision ultrarigoriste de l’islam.

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L’école du « père des talibans »

Son ancien directeur, Sami Ul-Haq, auquel son fils a succédé, s’enorgueillissait d’avoir conseillé le fondateur des talibans, le mollah Omar, ce qui lui avait valu le surnom de « père des talibans ».

Sami Ul-Haq avait plus tard envoyé des étudiants de la madrasa Haqqania se battre dans les rangs des talibans quand ils avaient appelé à prendre les armes dans les années 1990 avant de conquérir le pouvoir à Kaboul en 1996.

De nouveau, au retour au pouvoir des talibans en 2021, la madrasa d’Akora Khattak, surnommée « l’université du djihad », avait dit son soutien à leurs combattants alors qu’ils avançaient sur Kaboul, mettant en déroute la République islamique, soutenue par la communauté internationale.

Le réseau Haqqani, qui tenait, durant l’insurrection en Afghanistan, sa réputation de terreur de ses brigades de kamikazes, tire son nom de l’école, où son fondateur et ses successeurs ont étudié.

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Aujourd’hui, ses représentants au sein du gouvernement taliban en Afghanistan passent pour plus pragmatiques que les partisans du chef suprême des talibans, l’émir Haibatullah Akhundzada, et ses anciens kamikazes sont désormais chargés de tenir des checkpoints ou de sécuriser des bâtiments publics.

Plusieurs extrémistes pakistanais ayant ensuite attaqué leur propre pays ont aussi entretenu des liens avec la madrasa, dont l’assassin de l’ex-première ministre Benazir Bhutto, tuée en 2007.

Les madrasas radicales au Pakistan avaient reçu un afflux d’argent dans les années 1980 lorsqu’elles servaient de vivier à la guerre contre l’URSS en Afghanistan, soutenue par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. Elles sont, depuis lors, restées en contact étroit avec les agences de renseignement pakistanaises.

Lire l’analyse | Article réservé à nos abonnés Le Pakistan, confronté à une résurgence inédite des violences des talibans

Le Monde avec AFP

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