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La trente-quatrième édition de Présences, le festival de création musicale que Radio France organisait jusqu’au dimanche 11 février, a choisi comme tête d’affiche l’Américain Steve Reich, né en 1936, dont la production, tonale et pulsée, a ouvert une brèche dans le front de l’avant-garde européenne en quête d’inouï sophistiqué. Trop âgé pour effectuer le déplacement depuis les Etats-Unis et, surtout, pour participer au marathon consistant à mettre, en moins d’une semaine, seize de ses œuvres en perspective avec celles de ses cadets, le pape de la musique répétitive, qui n’a pas toujours été en odeur de sainteté en France, s’est contenté d’un message vocal, enregistré, pour inaugurer, mardi 6 février, la manifestation dont il a peut-être suivi à la radio le concert d’ouverture.

Lire la rencontre : Article réservé à nos abonnés Le compositeur Steve Reich, du minimalisme au mysticisme

Si tel a été le cas, il n’aura pas pu apprécier dignement le savoureux Close-Ups, de la Franco-Britannique Héloïse Werner, dans la mesure où ce rafraîchissant duo pour violon (Hae-Sun Kang) et soprano (la compositrice elle-même) comportait une importante dimension visuelle, à mi-chemin entre les Récitations, de Georges Aperghis, et les Brèves, de Jacques Rebotier.

Sans franchir le pas du théâtre musical, représenté par ces deux adeptes de la vocalité déroutante, le programme, proposé samedi 10 février par l’Orchestre national de France (ONF) sous la direction de Cristian Macelaru, paraissait aussi alléchant pour les yeux que pour les oreilles. Un concert XXL (durée et variété des effectifs) qui débutait, chose rarissime, par deux concertos.

Le premier, Register, de Nico Muhly, un Américain né en 1981, figure l’affrontement de deux mastodontes. D’une part, le grand-orgue de l’auditorium de Radio France, situé, par le biais d’un clavier mobile, à la gauche du chef, face aux musiciens. D’autre part, la phalange symphonique d’environ 75 unités. Très contrastée, entre éclat convulsif et flottement vaporeux, la partition confie à l’instrument soliste un rôle fédérateur. Iveta Apkalna s’en acquitte avec une stupéfiante autorité qui culmine dans une cadence où les notes ultra-graves du pédalier font presque trembler les murs.

Sons d’une sensualité équivoque

Après cet audacieux travail sur les timbres, l’insolite monte d’un cran avec le spectaculaire Dancefloor with Pulsing, de Régis Campo, également donné en création française. La partie soliste mobilise ici un thérémine, un instrument électrique qui produit des sons sans qu’on le touche, par l’entremise de deux antennes. Cette fois, l’aspect visuel est indissociable de l’acte musical et le compositeur l’a habilement intégré à son écriture. Comme l’indique le titre, l’œuvre tend à nous transporter dans une discothèque où règne une pulsation entêtante. Toutefois, l’orchestre imite, avec beaucoup d’humour, le « boum boum » de la techno. Il en résulte des sons qui évoquent l’activité des balais d’essuie-glace sur un pare-brise ou d’un chiffon frotté contre une vitre. De temps à autre, de somptueux tutti s’élèvent comme les jets d’eau d’une fontaine.

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