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Les organisateurs de festivals qui ne souhaitent pas que l’on parle d’eux ne courent pas les rues ! C’est pourtant le cas des bénévoles qui organisent Allers-retours, une manifestation destinée à mettre en valeur le cinéma d’auteur chinois dont la sixième édition a lieu, du 2 au 11 février, à Paris, et, pour la deuxième année consécutive, à Lyon, du 14 au 17 février.

Le festival serait-il un échec ? Bien au contraire. Les séances organisées au Musée Guimet à Paris, les vendredi 2 et dimanche 4 février, ont fait le plein et, durant la semaine, les films projetés dans d’autres cinémas de la capitale, comme le Studio des Ursulines, se sont également taillé un franc succès. Mais les jeunes membres de la diaspora chinoise sont convaincus qu’ils ont intérêt à rester « modestes et discrets », notamment à l’égard des autorités chinoises, de plus en plus attentives aux engagements des Chinois à l’étranger.

Hasard ? Ces jeunes gens ont créé ce festival en 2018, l’année même où, en Chine, la censure, jusque-là confiée au gouvernement, passait sous la coupe du parti. Un changement organisationnel qui s’est traduit par un contrôle bien plus sévère sur le septième art. Et 2018, c’est également l’année où disparaît mystérieusement la star Fan Bingbing. On apprendra plus tard qu’elle a été arrêtée et placée en résidence surveillée, officiellement pour évasion fiscale. En fait, il s’agissait d’envoyer un message à toutes les célébrités du pays : nul ne doit se sentir au-dessus des lois. Fan Bingbing a été libérée entre-temps mais nul réalisateur d’envergure n’ose plus travailler avec elle.

Lire le récit : Les excuses très publiques de Fan Bingbing, actrice chinoise en difficulté avec le fisc

Pourtant, les spectateurs qui ont assisté à la séance d’ouverture d’Allers-retours, vendredi 2 février à Paris, ont eu la surprise de voir la star jouer le rôle d’une agente de la sécurité aéroportuaire battue par son mari, dans Green Night (2023), un film coup-de-poing d’une jeune réalisatrice, Han Shuai, qui a eu la sagesse de tourner en Corée du Sud.

Emancipation féminine

Dimanche 4 février, les organisateurs ont organisé une master class animée par Wang Bing, cet immense documentariste qui, depuis 2022, a choisi de vivre en France. Un échange précédé d’une « projection surprise », annonçait le programme. Il s’agissait en fait de Man in Black (2023), un documentaire de Wang Bing sur le compositeur Wang Xilin, un octogénaire qui raconte sans fard les violences dont il a été victime durant la Révolution culturelle.

Lire la rencontre (à Cannes, en 2023) : Article réservé à nos abonnés Wang Bing, précieux archiviste du modèle chinois

C’est pour ne pas provoquer les autorités chinoises que les organisateurs n’ont pas cité le film – évidemment interdit en Chine – dans le programme. D’autres longs-métrages diffusés n’ont eu droit qu’à une sortie confidentielle dans l’empire du Milieu. Comme This Woman (2023), un film qui oscille en permanence entre la réalité et la fiction et dans lequel la jeune réalisatrice Alan Zhang raconte la vie d’une jeune mère qui assume s’intéresser moins à sa fille qu’à ses amants, une histoire évidemment politiquement incorrecte.

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