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Histoires Web mercredi, avril 24
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Appuyé sur le rebord de la fenêtre de sa modeste maison en béton jaune pâle, Paulo Roberto contemple fièrement ses cultures de maïs et de manioc. En ce début d’été austral, de petites touffes éparses semblent enfin émerger de la terre ocre et aride du Nordeste brésilien. « C’est la plus belle chose du monde », s’émeut le paysan de 73 ans, maigre comme un clou et marqué par une longue vie de labeur sous le soleil.

L’agriculteur espérait finir ses jours tranquillement à cultiver sa parcelle située à Parazinho, petite commune rurale de l’Etat du Rio Grande do Norte (5 200 habitants), bercée par les vents venus de l’Atlantique. Mais le calme tropical s’est brutalement rompu en 2015, à la suite de l’installation par l’entreprise brésilienne Energisa d’un parc éolien dans une ferme voisine. Quinze mâts aérogénérateurs de 100 mètres dotés de pales de 49 mètres encerclent désormais les trente petites maisons du bourg où habite Paulo Roberto.

L’un d’eux est situé à seulement 150 mètres de la sienne. Un vrombissement sourd, comme un énorme ventilateur, émane de la rotation de l’engin. « Ça me rend fou ! », s’afflige le paysan, qui a perdu le sommeil et n’entend même plus ses visiteurs frapper à la porte. Parfois, lorsque les vents se calment ou soufflent trop fort, l’éolienne s’arrête de fonctionner avec un bruit d’explosion : « Je sursaute à chaque fois ! »

Des turbines du parc éolien de Voltalia, à Serra do Mel (Rio Grande do Norte, Brésil), le 18 décembre 2023.

Au Brésil, champion des énergies vertes, où 83 % de la production électrique est issue du renouvelable, l’éolien est en plein boom. Résultat d’une politique volontariste menée depuis 2009, quelque 1 016 parcs sont installés sur le territoire, représentant 14 % de la production électrique du pays, loin derrière l’hydraulique (52 %) mais devant le gaz naturel (9 %) et le solaire (6 %), selon l’Agence nationale d’énergie électrique. Le Brésil occupe désormais la sixième place mondiale en matière de production d’électricité éolienne.

Paysage bouleversé

En dix ans, la puissance installée a été multipliée par douze, passant de 2,5 à 30 gigawatts entre 2012 et 2023. Mais l’expansion de l’éolien ne s’est pas faite sans incidents. Une enquête menée par Le Monde, en partenariat avec le média brésilien Reporter Brasil, révèle que, faute de régulation adaptée, ce développement rapide de l’éolien est à l’origine d’une série de dommages environnementaux et sociaux, en particulier dans l’Etat du Rio Grande do Norte, impliquant notamment plusieurs groupes français du secteur.

Situé à la pointe extrême du Nordeste et battu par les alizés, le petit Etat du Rio Grande do Norte (grand comme la Slovaquie) concentre la moitié des parcs du pays. A Parazinho, la « ruée vers le vent » a bouleversé le paysage. Les éoliennes bordent les routes à perte de vue et écrasent de leur masse les minuscules maisons : si, en France, la loi impose une distance minimale de 500 mètres entre les éoliennes et les habitations, aucune règle de la sorte n’existe au Brésil.

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