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Histoires Web mercredi, avril 24
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Nous avons rencontré Asmae El Moudir, vendredi 16 février, jour de son anniversaire. Elle fêtait ses 34 ans et, d’une certaine manière, l’année incroyable qu’elle venait de passer, grâce à son premier long-métrage, La Mère de tous les mensonges, qui a concouru dans de nombreux festivals – Festival de Cannes, mais aussi Marrakech (Maroc), Valenciennes (Nord), Montpellier, Sydney (Australie), Durban (Afrique du Sud)… – et reçu une brassée de prix. Titulaire d’un master en production de l’Institut supérieur de l’information et de la communication de Rabat (où elle est née), formée ensuite à la Fémis, à Paris, la réalisatrice a depuis toujours partagé sa vie entre les deux villes. Dotée d’une énergie débordante, elle a signé plusieurs courts-métrages (Thank God It’s Friday, 2013 ; Rough Cut, 2015 ; La Carte postale, 2020) qui ont conduit à La Mère de tous les mensonges, un film qu’elle a porté pendant dix ans.

Lire la critique : Article réservé à nos abonnés « La Mère de tous les mensonges », une plongée dans une histoire familiale lestée de secrets

L’enfance, la famille, la mémoire traversent votre filmographie. Diriez-vous que « La Mère de tous les mensonges » est l’aboutissement de ce que vous avez réalisé auparavant ?

En tout cas, le projet remonte à 2012, quand j’étais à la Fémis. Mon dossier d’enquête pour y entrer portait sur la thématique de la trace. C’est à ce moment-là que je commence à travailler sur l’histoire de ma famille. Alors qu’un jour j’aide mes parents à déménager je trouve une photo que ma mère m’avait autrefois montrée, sur laquelle, m’avait-elle dit, je figurais. Elle mentait. Je reviens alors sur cette question que j’avais déjà posée à l’âge de 12 ans. Pourquoi n’y avait-il pas de photos de nous dans la maison ? Et toujours le silence. Un peu plus tard, j’apprends par la télévision ce qui s’est passé dans mon quartier : les morts qui sont tombés pendant les émeutes du pain dont il n’existait, chez nous, aucune trace évidemment. C’est alors que je décide de partir dans le village où ma mère est née. Pour réfléchir et trouver le dispositif qui, sans rien à ma disposition, me permettrait de tisser le lien entre la petite et la grande histoire. Je suis restée bloquée, j’ai laissé tomber et j’ai réalisé La Carte postale.

Quand et comment l’idée de la maquette et des figurines s’impose-t-elle ?

Par mon père qui, un jour, me dit : « On va faire comme quand tu étais petite, que je faisais des maisons en carton et que tu jouais dedans avec tes frères et sœurs. » C’est comme ça qu’il devient le designer du film. Pendant huit mois, il travaille avec une équipe de décorateurs d’Ouarzazate. Tout le monde met la main à la pâte. Je fais le tour des marchés pour obtenir de l’argent. A chaque somme récoltée, on avance un peu plus. Car je veux produire moi-même pour être libre, ne pas avoir de délais à respecter comme l’exige la télévision, qui demande des pages de scénario et attend votre film dans les six mois. Ce qui était impossible pour La Mère de tous les mensonges, dont l’histoire s’écrivait à mesure. On a commencé à tourner en 2019. A la fin, j’avais cinq cents heures de rushs. Pendant deux ans, j’ai travaillé au montage toute seule. J’ai fait beaucoup d’études techniques. Cela m’aide à chaque étape. Quand je n’ai pas l’argent, je sais faire. Je conduis un film comme une mission militaire.

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