
Antonio Tejero Molina, le garde civil espagnol qui avait fait irruption dans la chambre des députés le 23 février 1981, tentant un coup d’Etat, est mort, a annoncé mercredi 25 février l’avocat de sa famille sur X.
« Le lieutenant-colonel Don Antonio Tejero Molina est décédé. Un homme d’honneur, d’une foi inébranlable et d’un grand amour pour l’Espagne. Que Dieu lui accorde la paix que les hommes lui ont refusée », a ainsi écrit Luis Felipe Utrera Molina, le jour même où les documents classifiés sur ce putsch ont été rendus publics.
A la tête d’un groupe de gardes civils, Antonio Tejero, qui s’est éteint à l’âge de 93 ans, avait pris en otages les parlementaires alors que l’Espagne était une toute jeune démocratie, quelques années après la mort de Franco en novembre 1975, provoquant des troubles. Des blindés avaient même été déployés à Valence.
Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, avait annoncé lundi que des archives classifiées sur la tentative de coup d’Etat du 23 février 1981 allaient être publiées, quarante-cinq ans après, sur le site du gouvernement, afin d’être mises « à la disposition de tous ».
« Le mythe fondateur de la démocratie espagnole »
Le 23 février 1981, le lieutenant-colonel Antonio Tejero avait surgi, accompagné de quelques gardes civils, dans la chambre des députés espagnols, revolver au poing, prenant en otage les élus. Son image – coiffé d’un tricorne de cuir verni, épaisse moustache – est restée célèbre. Selon lui, la tentative de coup d’Etat était faite « au nom du roi » Juan Carlos, successeur désigné par le dictateur Franco lui-même.
Mais dans la nuit qui suivit, le roi Juan Carlos, à la tête de l’Etat depuis la mort de Franco, fait échouer ce putsch et prononce une allocution solennelle dans laquelle il déclare que « la Couronne (…) ne saurait tolérer en aucune façon des actions ou des attitudes de personnes qui prétendent interrompre par la force le processus démocratique ».
Pour l’écrivain Javier Cercas, auteur d’Anatomie d’un instant (Actes Sud, 2010), livre consacré au 23-F, l’échec de ce putsch « est le mythe fondateur de la démocratie espagnole » : « Le 23 février 1981, deux siècles d’interventionnisme militaire s’achèvent » en Espagne, estimait-il dans une interview accordée au quotidien El Pais. « La démocratie commence alors vraiment dans notre pays et la Transition [démocratique] et le franquisme prennent fin », poursuivait-il.
A son procès, Tejero avait affirmé, pour expliquer cette tentative de coup d’Etat, que, « début 1981, la situation en Espagne était (…) plus grave qu’en 1936 » au début de la Guerre civile. Il avait aussi assuré que s’il le pouvait, il referait « la même chose ».
A la mise en terre du cercueil de Franco dans un cimetière du nord de Madrid après son exhumation du mausolée monumental du « Valle de los Caidos », sur ordre du gouvernement de gauche de Pedro Sanchez, le prêtre qui a officié pendant la cérémonie n’était autre que le fils d’Antonio Tejero, Ramon.




