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En ces temps de disette budgétaire, le Musée de Grenoble mesure sa chance : il expose, jusqu’au 3 mars, 270 œuvres issues de sa nouvelle collection de photographies, constituée grâce aux dons d’Antoine de Galbert. Le collectionneur est un enfant du pays. Héritier du groupe Carrefour et passionné d’art, il a tenu une galerie à Grenoble avant de monter à Paris un lieu d’art contemporain singulier et éclectique, la regrettée La Maison rouge, ouverte de 2004 à 2018, près de la place de la Bastille. Avec sa fondation, le collectionneur et mécène a souhaité apporter son aide au musée où, enfant, il aimait aller voir Lac en Ecosse. Après l’orage (1875-1878), de Gustave Doré – l’institution possède par ailleurs une collection d’art moderne exceptionnelle.

Le conservateur du musée, Guy Tosatto, a choisi une voie originale en collaborant avec Antoine de Galbert, dont il a déjà exposé la collection en 2019. « Quand il m’a proposé d’aider le musée, il avait plutôt en tête d’acheter des sculptures, des installations… Mais je trouvais très dommage qu’un grand musée du XXe siècle n’ait pas une collection de photographies digne de ce nom. Nous n’en possédons qu’une centaine, sans véritable cohérence. » Le collectionneur, qui ne s’était jamais particulièrement intéressé à la photographie en tant que telle, s’est rangé à l’idée.

Pendant quatre ans, il a donc acheté pour le musée – pour une somme qu’il ne dévoile pas – des images qui le touchent, l’idée étant de constituer un ensemble qui lui ressemble et qui restera au musée sous la forme d’un fonds à son nom. « On n’avait pas les moyens de faire une collection anthologique, mais on pouvait avoir quelque chose que personne d’autre n’avait », souligne le conservateur, en digne héritier de l’un de ses prédécesseurs historiques, Andry-Farcy, qui avait acquis des toiles d’Henri Matisse avant tous les autres musées de France. Et d’ajouter : « Si j’avais dû constituer la collection pour le musée, je n’aurais pas fait les mêmes choix. Mais j’ai toujours été impressionné par la liberté du regard d’Antoine de Galbert à La Maison rouge, son impertinence. J’avais envie d’avoir ça dans nos collections. » De son côté, l’intéressé précise qu’il n’a « jamais donné quelque chose que Guy n’aurait pas aimé. On prenait des notes, on discutait, et l’on faisait souvent les courses ensemble ».

Rapprochements audacieux

De fait, les œuvres exposées témoignent de l’éclectisme du collectionneur, autodidacte revendiqué, qui goûte aussi bien aux photos d’auteurs reconnus qu’aux images vernaculaires, aux images scientifiques ou d’architecture, aux photos documentaires, aux œuvres plus plasticiennes. Intitulée « Une histoire d’images », cette stimulante exposition ne s’égaille pourtant pas en tous sens, et suit une perspective géopolitique, plongeant dans l’histoire du monde et de ses tragédies depuis la seconde guerre mondiale. « Avec plein de manques, forcément », insiste le collectionneur.

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