
Votre manière de parler français est-elle correcte ? Plus que vous ne le pensez, soutient Anne Abeillé, professeure de linguistique à l’université Paris Cité et codirectrice de La Grande Grammaire du français (Actes Sud, 2021).
Dans son nouveau livre, La grammaire se rebelle, paru jeudi 12 mars aux éditions Le Robert, elle souligne que si nombre de règles du français sont robustes (comme l’ordre sujet-verbe-complément ou l’article devant le nom), d’autres sont des « zombies », qui relèvent plutôt d’un snobisme injustifié. Parmi elles : la double négation, la concordance des temps, ou encore l’accord au masculin.
Vous montrez que les auteurs classiques usent de tournures jugées fautives par les grammairiens. Qui dicte les règles de la langue, au juste ?
C’est la question fondamentale. Les règles de l’orthographe viennent des dictionnaires et des réformes, mais il n’existe pas de grammaire officielle. Celle qu’a essayé de rédiger l’Académie en 1932 était une catastrophe. Depuis le XVIIe siècle, on tente de codifier le bon usage en s’appuyant sur celui de la cour puis des écrivains. Cependant, ceux-ci font parler leurs personnages de manière très variée. Les grammairiens édictent des règles, mais ce n’est pas le cas de tous. Par exemple, Maurice Grevisse [1895-1980] montrait déjà l’existence de variantes dans la littérature au XXe siècle, et se contentait de formuler des recommandations. Quant aux linguistes, ils se bornent à décrire les usages et les évolutions de la langue.
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