Dix ans se sont écoulés depuis la conférence de presse de rentrée donnée par Angela Merkel le 31 août 2015. De son discours, une phrase-choc est restée : « Wir schaffen das » (« nous y arriverons »), qui affirmait la capacité du pays à accueillir le flot grandissant des réfugiés syriens et afghans. Dans la séance de questions qui suit, les journalistes n’y reviennent guère, ils ont d’autres questions.

Dix jours plus tôt, le ministre de l’intérieur, Thomas de Maizière, avait déjà annoncé que l’afflux des demandeurs d’asile atteindrait la cote des 800 000 et que l’Allemagne saurait relever le défi. Langage classique pour un ministre, alors que « Wir schaffen das » ‒ qui n’était pas dans le texte écrit ‒ va droit au but. Le lendemain, les salles de rédaction s’emparent de ces trois mots. La chancelière confiera dans ses Mémoires qu’elle ne s’y attendait pas (Liberté, Albin Michel, 2024). Interrogée un an plus tard sur l’usage envahissant du slogan et de son opposé (« Wir schaffen das nicht ! »), elle prend ses distances : c’est désormais « une formule creuse », qu’elle cesse d’utiliser.

Lire aussi (2024) | Article réservé à nos abonnés Angela Merkel, Mémoires sans regrets

En dix ans, un récit s’est figé : Angela Merkel aurait pris l’Europe par surprise en cédant à la pression des demandeurs d’asile syriens, irakiens ou afghans. Elle l’aurait fait sans consulter son peuple, sans mesurer les coûts. Il a fallu attendre son départ, neuf ans plus tard, pour qu’un chancelier socialiste, Olaf Scholz, revienne à plus de réalisme en ordonnant des contrôles aux frontières.

La réalité est bien différente. Dès la conférence du 31 août, Angela Merkel évoque des pourparlers en cours avec Ankara pour « aider les Turcs » à régler la question des réfugiés. En mars 2016, constatant que ses voisins européens, à l’Ouest comme à l’Est, refusent de prendre leur part de la charge, elle conclut un accord avec la Turquie pour tarir à la source le flot des exilés. Les ministres de l’intérieur de l’Union européenne (UE) lui emboîtent le pas. Le résultat est spectaculaire : les demandes d’asile du Moyen-Orient déposées en Allemagne chutent de 80 % entre 2016 et 2017. Ce n’est pas Olaf Scholz qui a « changé de cap », c’est Angela Merkel.

Il vous reste 67.17% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
Exit mobile version