Alexander Kluge, en Allemagne, le 21 août 1985.

Alexander Kluge, l’un des plus grands intellectuels d’Allemagne, est mort le 25 mars 2026 à Munich. Il était âgé de 94 ans. Peu connu du grand public français, ce cinéaste et écrivain était un homme d’une intelligence fulgurante, à tel point qu’on se demandait, en parlant avec lui, dans quelles galaxies de la pensée on se trouvait, tant il passait d’un univers à l’autre à la vitesse de la lumière. Le tout avec une simplicité qui frisait la candeur de l’alien rencontrant un humain.

Il emportait son interlocuteur dans des loopings qui renversaient les paysages et faisaient remonter le cœur dans le cerveau. C’est d’ailleurs ce qu’il voulait. « Il n’y pas de pensée sans émotion », disait-il. La meilleure preuve se trouve dans les deux mille pages de son œuvre littéraire majeure, Chronique des sentiments (deux tomes chez P.O.L, 2016 et 2018), cosmos narratif composé de nouvelles, d’anecdotes et d’essais écrits au cours d’une période de plus de dix ans.

Alexander Kluge est né le 14 février 1932 à Halberstadt, une petite ville du Land de Saxe-Anhalt. Il survit à des bombardements lors de la seconde guerre mondiale alors qu’il n’est qu’adolescent, une expérience traumatique qui le rendra, jusqu’à la fin de sa vie, particulièrement attentif aux victimes de conflits. A tel point qu’il dira en 2022 dans une interview à la radio et de façon très controversée, à propos de la guerre en Ukraine : « Il n’y a rien de mal dans la capitulation, si cela permet d’arrêter la guerre. »

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