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La colère des agriculteurs qui se propage en Europe n’épargne pas la France, où les actions se sont multipliées lundi 22 janvier. Alors que plusieurs dizaines d’exploitants bloquent l’autoroute A64, qui relie Toulouse à Bayonne, depuis jeudi, des centaines d’agriculteurs ont entamé lundi un blocage de l’A62 à hauteur d’Agen. Les paysans demandent au gouvernement des mesures d’urgence pour leur profession, dénonçant notamment le bas niveau de leurs revenus ou la lourdeur administrative.

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« On a besoin d’actions très concrètes », prévient la FNSEA après sa rencontre avec Gabriel Attal

Après deux heures de rencontre à Matignon lundi soir avec le premier ministre, Gabriel Attal, et le ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau a annoncé qu’il n’y aurait « pas de levée des actions » tant qu’il n’y aurait « pas de décisions concrètes » de l’exécutif pour répondre à la colère des agriculteurs. « On ne se contentera pas de mesurettes », a prévenu M. Rousseau sur le perron de Matignon, alors que le gouvernement a annoncé dimanche le report de la présentation du projet de loi sur l’agriculture.

« Le premier ministre nous a écoutés très largement pour qu’on puisse lui exposer la situation vécue par les agriculteurs depuis de trop nombreux mois et années (…) Le premier ministre a partagé ce diagnostic que nous avons posé d’une situation sans équivalent », a aussi assuré Arnaud Rousseau, estimant que « quasiment tous les départements sont en train de préparer des actions ».

Dans la foulée, le ministre de l’agriculture a émis le souhait « de renouer la confiance » avec le monde agricole, et ça passera selon lui « par des actes concrets qu’il faudra poser sur la table ». Il a notamment promis des annonces « dans la semaine ». Parmi les sujets les plus urgents figurent celui des « négociations commerciales » sur les prix de l’alimentation, celui des « crises que traversent un certain nombre de secteurs » et certains sujets en termes de « simplification » administrative, a-t-il ajouté.

Alors que l’accès à l’eau est une des problématiques soulevées par les agriculteurs, Marc Fesneau a affirmé dans la journée lundi qu’il souhaitait accélérer la construction de réserves d’eau. En déplacement en Vendée, il a présenté un fonds de vingt millions d’euros destiné à améliorer le stockage et l’efficacité de l’irrigation. M. Fesneau a réaffirmé que le gouvernement allait s’employer à accélérer la construction de telles installations. « Les délais d’instruction d’un certain nombre de procédures (…) sont beaucoup trop longs (…) avec une volonté pour certains des pétitionnaires au fond de décourager les agriculteurs », a-t-il fustigé.

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L’A64 toujours bloquée, pas « d’évacuation par les forces de l’ordre » demandée

Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a affirmé qu’il n’avait pas demandé « l’évacuation par les forces de l’ordre » des agriculteurs responsables du blocage de l’autoroute A64. Interrogé sur les actions des agriculteurs en marge d’une conférence de presse consacrée au relais de la flamme olympique, M. Darmanin a expliqué sa décision par le fait qu’il n’y avait « pas de dégradations sur ce site [celui de l’A64] ».

Pour la cinquième journée d’affilée, les automobilistes circulant sur cet axe doivent le quitter avant le barrage formé par une quarantaine de tracteurs, pour reprendre l’autoroute un peu plus loin.

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Dans le Tarn-et-Garonne, trois ronds-points d’accès à la centrale nucléaire de Golfech, qui alimente en électricité le bassin toulousain, sont également bloqués par une cinquantaine de tracteurs depuis lundi.

Début de blocage de l’A62, dans le Lot-et-Garonne

Des centaines d’agriculteurs en tracteur ont aussi entamé lundi un blocage de l’autoroute A62 à hauteur d’Agen, dans les deux sens. « Le mouvement va se généraliser, il a débuté en Allemagne, il est en Roumanie, il est en Hollande, il est partout, c’est le ras-le-bol généralisé, c’est l’échec de la PAC [Politique agricole commune] », a déclaré Serge Bousquet-Cassagne, le très influent président de la chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne, épinglée vendredi par la Cour des comptes pour de « nombreuses irrégularités ».

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« C’est une colère qui va sacrément durer, les “gilets jaunes”, à côté, c’était de la rigolade ! », a ajouté ce membre emblématique de la Coordination rurale, coutumier des actions et déclarations chocs.

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Après s’être rassemblés sur un rond-point à l’entrée d’Agen à bord de nombreux tracteurs – 200 selon la Coordination rurale à l’origine de l’appel, 130 selon la police – ils ont traversé la préfecture du Lot-et-Garonne à vitesse réduite. Certains ont également bloqué deux grandes surfaces, a-t-on confirmé à l’Agence France-Presse de source policière.

Le gouvernement craint l’embrasement d’un mouvement qui essaime en Europe

Le gouvernement craint un embrasement car, des Pays-Bas à la Roumanie en passant par la Pologne ou l’Allemagne, les agriculteurs multiplient les actions contre les hausses des taxes et le Green Deal européen. Le tout, sur fond d’inflation et de concurrence des importations ukrainiennes.

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En décembre, l’ex-première ministre Elisabeth Borne avait annoncé à la FNSEA et aux JA l’abandon de hausses de taxes sur les pesticides et l’irrigation, suscitant l’irritation des organisations environnementales et d’acteurs de l’eau.

Lundi, en Vendée, le ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, a communiqué sur le lancement, déjà dans les tuyaux, d’un « fonds hydraulique » pour aider les agriculteurs à investir dans le stockage de l’eau, la réutilisation des eaux usées ou l’efficience de l’irrigation. Il doit être abondé de 20 millions d’euros « dès 2024 », selon son cabinet.

En France, la profession est aussi échaudée par les reports successifs du projet de loi sur l’agriculture, promis il y a plus d’un an par Emmanuel Macron et finalement moins ambitieux que la « loi d’orientation agricole » initialement annoncée. Dimanche, le gouvernement a annoncé un nouveau délai pour ce texte qui entend favoriser le renouvellement des générations dans l’agriculture, une nécessité à l’heure où la population des près de 500 000 chefs d’exploitation vieillit.

La droite comme la gauche ont demandé à l’exécutif de renoncer à augmenter la fiscalité sur le gazole non routier, une mesure progressive, négociée cet été entre le ministère de l’économie et le syndicat majoritaire FNSEA, en échange de compensations.

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Le Monde avec AFP

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