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La colère des agriculteurs qui se propage en Europe n’épargne pas la France, où de nombreuses mobilisations se poursuivaient lundi 22 janvier. Depuis jeudi soir, plusieurs dizaines d’exploitants bloquent l’autoroute A64, qui relie Toulouse à Bayonne, à hauteur de Carbonne, en Haute-Garonne. Ils demandent au gouvernement des mesures d’urgence pour leur profession, dénonçant notamment le bas niveau de leurs revenus.

Gérald Darmanin a affirmé lundi qu’il n’avait pas demandé « l’évacuation par les forces de l’ordre » des agriculteurs responsables du blocage. Interrogé sur les actions des agriculteurs en marge d’une conférence de presse consacrée au relais de la flamme olympique, le ministre de l’intérieur a expliqué sa décision par le fait qu’il n’y avait « pas de dégradations sur ce site [celui de l’A64] ».

Pour la cinquième journée d’affilée, les automobilistes circulant sur cet axe doivent le quitter avant le barrage formé par une quarantaine de tracteurs, pour reprendre l’autoroute un peu plus loin.

Lire le reportage | Article réservé à nos abonnés A Carbonne, en Haute-Garonne, les agriculteurs prêts à prolonger le blocage de l’A64

Dans le Tarn-et-Garonne, trois ronds-points d’accès à la centrale nucléaire de Golfech, qui alimente en électricité le bassin toulousain, sont également bloqués par une cinquantaine de tracteurs depuis lundi. Juste avant midi, plusieurs dizaines de manifestants ont occupé les voies de l’autoroute A9 dans le sens Montpellier-Barcelone à la hauteur du péage Perpignan-Sud, perturbant le trafic routier sur cet axe.

Appel à des « réponses concrètes »

Au cœur des manifestations, des charges financières et des normes environnementales jugées trop lourdes. Ces motifs de mécontentement sont récurrents dans une profession que le gouvernement tente pourtant de ménager depuis des années pour éviter d’ouvrir un nouveau front social.

Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, principal syndicat agricole français, a annoncé sur France Inter que des « actions » seraient menées « aussi longtemps qu’il sera nécessaire ». Ces actions concerneront « chaque département », a-t-il dit, soulignant que « la montée de la tension est forte, d’où la nécessité d’apporter des réponses concrètes ». Avant un rendez-vous lundi soir avec le premier ministre, Gabriel Attal, M. Rousseau a demandé une nouvelle fois des « réponses concrètes » à la « désespérance » des agriculteurs.

Le premier ministre, confronté à sa première crise depuis sa nomination le 11 janvier, recevra le président de la FNSEA et son homologue des Jeunes agriculteurs (JA), Arnaud Gaillot, à 18 heures. Les autres organisations agricoles (Coordination rurale, Confédération paysanne) demandent aussi à être reçues. Si le gouvernement n’est « pas au rendez-vous », « on peut être à l’aube d’un gros mouvement agricole », a déclaré lundi matin le président des JA, sur France 2.

« Fonds hydraulique » de 20 millions d’euros

En décembre, l’ex-première ministre Elisabeth Borne avait annoncé à la FNSEA et aux JA l’abandon de hausses de taxes sur les pesticides et l’irrigation, suscitant l’irritation des organisations environnementales et d’acteurs de l’eau.

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Lundi, en Vendée, le ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, a communiqué sur le lancement, déjà dans les tuyaux, d’un « fonds hydraulique » pour aider les agriculteurs à investir dans le stockage de l’eau, la réutilisation des eaux usées ou l’efficience de l’irrigation. Il doit être abondé de 20 millions d’euros « dès 2024 », selon son cabinet.

Dans ce territoire possédant depuis des années des réserves d’irrigation, qualifiées de « bassines » par leurs détracteurs, il a aussi réaffirmé que le gouvernement allait s’employer à réduire les délais des procédures pour accélérer la construction de telles installations.

Le gouvernement craint un embrasement car, des Pays-Bas à la Roumanie en passant par la Pologne ou l’Allemagne, les agriculteurs multiplient les actions contre les hausses des taxes et le Green Deal européen. Le tout, sur fond d’inflation et de concurrence des importations ukrainiennes.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés L’Union européenne s’inquiète des attaques des agriculteurs contre le Green Deal

Le Royaume-Uni n’est pas épargné : des producteurs de fruits et légumes vont manifester lundi devant le Parlement à Londres pour protester contre les contrats d’achats « injustes » qui les lient à la grande distribution.

Projet de loi sur l’agriculture reporté

En France, la profession est aussi échaudée par les reports successifs du projet de loi sur l’agriculture, promis il y a plus d’un an par Emmanuel Macron et finalement moins ambitieux que la « loi d’orientation agricole » initialement annoncée.

Dimanche, Marc Fesneau a annoncé un nouveau délai. Le texte, qui devait être présenté mercredi en conseil des ministres, ne le sera que dans « quelques semaines » avec pour objectif d’être débattu au Parlement « au premier semestre 2024 ».

Le projet de loi que doit présenter le gouvernement entend favoriser le renouvellement des générations dans l’agriculture, une nécessité à l’heure où la population des près de 500 000 chefs d’exploitation vieillit.

A moins de cinq mois des élections européennes, les oppositions courtisent le monde agricole. A commencer par Jordan Bardella, président et tête de liste du Rassemblement national, qui a fustigé samedi de la Gironde viticole « l’Europe de Macron qui veut la mort de notre agriculture ».

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Face à la colère des agriculteurs, la récupération du RN contre l’Union européenne

La droite comme la gauche ont demandé à l’exécutif de renoncer à augmenter la fiscalité sur le gazole non routier, une mesure progressive, négociée cet été entre le ministère de l’économie et le syndicat majoritaire FNSEA, en échange de compensations.

Les exploitants « n’ont pas d’autre choix que d’en utiliser », a relevé dimanche le patron du parti communiste, Fabien Roussel. Il faut « renoncer dans l’immédiat à cette mesure », a affirmé le chef des députés Les Républicains, Olivier Marleix, apportant « très clairement » son soutien à la mobilisation. Du côté de Bruxelles, une réunion des ministres de l’agriculture est prévue en début de semaine.

Le Monde avec AFP

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