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Histoires Web mardi, mars 5
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Lorsqu’elle a pris ses fonctions de directrice de l’inspection générale de la police nationale (IGPN), en juillet 2022, les proches d’Agnès Thibault-Lecuivre lui ont offert un DVD du film Les Ripoux, de Claude Zidi. Dix-huit mois après une nomination peu appréciée par les syndicats de policiers, avec lesquels elle assure avoir désormais bâti une relation « non seulement apaisée mais constructive », cette magistrate de 42 ans, ancienne membre du cabinet du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, se dit préoccupée par le phénomène de la corruption et assure voir dans l’IGPN, souvent critiquée pour sa prétendue partialité, « un outil de rapprochement entre la police et la population ».

C’est la première fois qu’une magistrate dirige l’inspection générale de la police nationale. Vous avez vous-même indiqué que votre nomination avait pu être « différemment accueillie » et « commentée ». Qu’entendiez-vous par là et qu’en est-il aujourd’hui ?

Ce choix a été fait par le ministre de l’intérieur en juillet 2022 et ma nomination a eu une portée symbolique forte. J’ai reçu un accueil remarquable au sein de l’inspection, de la direction générale de la police nationale et de la préfecture de police, mais j’ai aussi relevé à l’époque des réactions traduisant de prime abord une certaine défiance, voire une hostilité. Ma volonté a été d’aller au-delà de la portée symbolique de ma nomination pour lui donner du sens afin qu’elle n’apparaisse pas comme une simple mesure d’affichage.

De quelle manière ?

Je suis convaincue qu’avoir une magistrate à la tête de l’IGPN est un signe d’ouverture de l’institution police nationale et, plus largement, du ministère de l’intérieur. Par ailleurs, de par ma formation et ma culture différentes, je peux avoir une approche spécifique sur des sujets de stratégie d’enquête par exemple, et les échanges avec mes équipes sont toujours riches en la matière. Par ailleurs, si avoir un magistrat à la tête de l’IGPN renforce la légitimité de son action, il faut s’en féliciter.

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Quitte à introduire un changement, pourquoi ne pas avoir privilégié la création d’une autorité de contrôle indépendante, comme c’est le cas dans d’autres pays, au Royaume-Uni, par exemple ?

Certains commentateurs, souvent en réaction à tel ou tel évènement, évoquent la nécessité de transformer l’IGPN en autorité administrative indépendante. Pourquoi ? Parce que, justement, nous ne serions pas suffisamment indépendants. Cela traduit une certaine méconnaissance de nos missions. En matière d’enquêtes judiciaires, nous pouvons être saisis par des procureurs ou par des juges d’instruction avec une véritable direction d’enquête de leur part. Quant aux enquêtes administratives, je peux vous garantir que, depuis ma prise de fonctions, on ne m’a jamais demandé d’orienter l’une d’elles de telle ou telle manière.

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