
Le Conseil de l’Europe a annoncé la levée de l’immunité diplomatique de son ancien secrétaire général (2009-2019), le Norvégien Thorbjorn Jagland, visé par une enquête dans son pays pour des soupçons de « corruption aggravée » avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein, mercredi 11 février. Chef du gouvernement travailliste de 1996 à 1997, M. Jagland était président du comité Nobel, qui décerne le prix Nobel de la paix, et secrétaire général du Conseil de l’Europe au moment où il a tissé des liens avec M. Epstein dans les années 2010.
Selon le journal norvégien Verdens Gang, qui s’appuie sur les documents diffusés par le ministère de la justice américain, M. Jagland a sollicité une garantie du financier américain pour l’achat d’un appartement, sans que l’on connaisse l’issue de cette demande. M. Jagland a, par ailleurs, séjourné chez M. Epstein à New York en 2018, ainsi qu’à Paris en 2015 et 2018, selon ces mêmes documents.
L’ancien premier ministre norvégien et sa famille avaient, en outre, prévu un voyage en 2014 sur l’île du criminel sexuel américain, qui s’est suicidé en prison en 2019, mais ce voyage a finalement été annulé.
« Degré de gravité très élevé »
Mardi 10 février, le Parlement norvégien a convenu de créer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les liens passés entre le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein et plusieurs personnalités du pays, selon plusieurs médias norvégiens.
La récente publication aux Etats-Unis de documents a mis en lumière des liens beaucoup plus étroits que pressenti entre le financier et des personnalités norvégiennes de premier rang, dont la princesse Mette-Marit, qui a notamment échangé des centaines d’e-mails, au ton souvent intime, avec le financier entre 2011 et 2014. « Il est absolument crucial que la confiance dans la diplomatie norvégienne, le milieu politique et la démocratie norvégienne soit préservée », a affirmé Per-Willy Amundsen, chef d’un comité parlementaire chargé de veiller au respect de la Constitution.
« Le degré de gravité de ce qui a été révélé ces dernières semaines est très élevé et jette un nouvel éclairage sur un certain nombre d’événements passés », a-t-il ajouté, cité par la chaîne publique NRK.
Si le principe d’une commission d’enquête indépendante a été adopté, son mandat, sa composition et son calendrier restent à définir. Soutien parlementaire du gouvernement travailliste, le Parti de l’environnement plaide pour que cette commission soit présidée par l’ex-juge d’instruction franco-norvégienne Eva Joly.
La police norvégienne a aussi ouvert une enquête pour « corruption aggravée » visant une célèbre diplomate, Mona Juul, ainsi que contre son époux, Terje Roed-Larsen, pour « complicité ».



