Au début d’Abondance, Ezra Klein et Derek Thompson proposent un exercice de pensée. Vous vous endormez et vous vous réveillez trente ans plus tard. D’abord entre 1875 et 1915, puis entre 1990 et 2020. La première fois, vous découvrez un monde transformé : votre ville a vu apparaître l’éclairage électrique, l’aspirine, les voitures à moteur, les gratte-ciel, l’avion, le cinéma, le phonographe, le basket-ball, le Coca-Cola. Pendant la seconde période, vous retrouvez le même paysage, à peu de chose près. A part les passants qui plaquent à leur oreille des smartphones, le monde physique n’a pas bougé, ou à peine. « Où sont passés les bâtisseurs ? », se demandent les auteurs dans leur livre, publié, en France, jeudi 12 mars aux éditions Arpa (traduit de l’anglais, Etats-Unis, par Marguerite Catala, 272 pages, 22,90 euros).

« Ce ralentissement n’est pas seulement économique, il est aussi politique, affirment-ils. Nous avons perdu cette foi dans l’avenir. » Leur thèse est simple : la plupart des problèmes de la société américaine viennent de pénuries que le système politique – et particulièrement son hémisphère gauche – fabrique artificiellement. En multipliant les réglementations et les obstacles procéduraux, ces dirigeants rendent difficiles la construction de logements, le lancement de trains à grande vitesse, la création de médicaments, le développement des énergies vertes. Tel Gulliver, la puissance publique est ligotée par tous les lilliputiens que sont les élus, souvent démocrates, des Etats et des villes – et leurs armées de juristes.

Le propos peut sembler léger. Mais avec Abondance, sorti aux Etats-Unis en mars 2025, Ezra Klein et Derek Thomson peuvent se vanter d’avoir touché un nerf. Ils ont réveillé le débat au sein de l’Amérique « bleue », percuté le Parti démocrate en pleine recomposition. Le livre est un best-seller. Le mot « abondance » entre dans la conversation publique. Un mouvement « pro-abondance » s’active.

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