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« La tradition et la modernité ne s’opposent pas, elles se nourrissent. En croisant l’artisanat avec l’art contemporain, on a essayé de rêver très grand », déclarait Mehdi Houas, à Tunis, en novembre 2023, lors de l’inauguration de l’exposition « Hirafen » (mot-valise fusionnant pour l’occasion les mots « art » et « artisanat », en arabe). L’artisanat est un sujet que l’homme d’affaires connaît bien, pour avoir été ministre du commerce et du tourisme de la Tunisie à la suite de la révolution de 2011. « A l’époque, l’artisanat se mourait, la moitié des artisans étaient devenus des ouvriers », rappelle celui qui préside aujourd’hui le groupe Talan, l’entreprise mécène d’« Hirafen ». Invité à imaginer un événement d’envergure internationale autour de ce dialogue, le commissaire d’exposition Ludovic Delalande a choisi de resserrer le propos autour des métiers du fil et de la fibre, avant de lancer pour les artistes un principe de résidence en deux temps, comprenant réflexion et rencontres, puis production, sans obligation de collaboration effective avec des artisans.

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Son choix s’est porté vers une vingtaine d’artistes de toutes générations et pratiques confondues, internationaux ou, pour moitié, tunisiens, émergents ou reconnus, comme la Franco-Algérienne Zineb Sedira ou le Malien Abdoulaye Konaté. Côté artisans, le commissaire français s’est fait aider par deux expertes tunisiennes en ce domaine, Laurence Touitou et Olfa Trabelsi, qui ont joué les passeuses pour offrir aux artistes la possibilité d’approcher l’artisanat selon une multiplicité de points de vue : politique, économique, territorial, artistique, géographique, esthétique… « J’ai compris que l’artisanat, patrimoine immatériel, dépassait l’idée d’un objet ou d’une matière, analyse Ludovic Delalande. C’est vraiment une manière de vivre, de ressentir et de penser le monde. Quelque chose qui se fait en famille, entre femmes, en communauté, qui est intimement lié à la vie au quotidien et au contexte. »

Se déployant à l’échelle d’un ancien complexe lainier à l’abandon, sur près de 2 500 mètres carrés, l’exposition s’ouvre par une œuvre de l’artiste malgache Joël Andrianomearisoa, qui fait figure de manifeste : il s’agit d’une tapisserie tissée par l’atelier d’Aubusson Robert Four, qui a une annexe en Tunisie. On y voit la rigueur de la basse lisse s’émanciper, au fil de bandes façon kilim, avec l’ajout de dizaines de matières collectées par l’artiste à travers tout le territoire africain − textile du Mali, raphia de Madagascar, soie ou plastique de Tunisie, du Maroc, du Nigeria… L’ensemble, qui compose un poème visuel panafricain, s’accompagne d’une pièce sonore, litanie en hommage à la main, et apparaît dans une foule de bobines de fils qui semblent repeupler les lieux.

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