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Histoires Web lundi, mars 4
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Jeudi 18 janvier, à l’heure de la sortie des classes, comme partout ailleurs, beaucoup de mères, quelques pères et plusieurs baby-sitters se pressent devant les grilles du collège Stanislas, qui regroupe trois mille cinq cents élèves du primaire aux classes préparatoires. D’abord, ce sont les petits qui sortent. Une marée de doudounes, bonnets et pains au chocolat, beaucoup de bleu marine et des visages blancs pour l’essentiel.

« Marine, Claire, Alexandre, dépêchez-vous », prévient une mère de famille qui emmène sa troupe jusqu’à l’arrêt de bus. Tout va très vite sous la surveillance de l’employée de l’établissement qui regarde d’un œil suspect les journalistes qui déambulent au milieu des parents. L’établissement privé catholique du 6ᵉ arrondissement de Paris est au centre d’une polémique qui dure sans faiblir depuis qu’on a appris dans la foulée de sa nomination que la nouvelle ministre de l’éducation nationale, Amélie Oudéa-Castéra, y scolarisait ses enfants.

Les parents, confrontés aux articles de presse qui publient chaque jour une information accablante pour « Stan », sont à cran. Plusieurs équipes de télévision et de radio se pressent devant les collégiens : « Les baskets sont-elles vraiment interdites à “Stan” ? » « Les filles et les garçons vivent-ils vraiment séparés dans l’enceinte de l’établissement ? » Les questions fusent et les collégiens se pressent autour des journalistes. En effet, les baskets sont interdites et une tenue correcte exigée. Oui, les bâtiments des filles et des garçons sont effectivement distincts au collège, où seulement deux classes sont mixtes.

« Pour l’instant, RAS, nous sommes ravis »

Pierre (les prénoms ont été modifiés) et son épouse, Clémence, attendent leur fille qui ne devrait pas tarder à sortir. « Elle est en CM2. Notre fils, Victor, est en première. Nous travaillons dans l’immobilier, nous habitons dans le 15e : comme on sent qu’on doit se justifier, je précise que nous ne sommes pas riches particulièrement ni super tradi. Nous souhaitions une école catholique, mais je ne vois pas où est le problème. Il y a un décalage entre les descriptions old school que l’on voit dans la presse et ce que l’on vit », expliquent-ils, au côté de leur fils aîné sorti de cours, doudoune noire, jeans et chaussures de marche. « Je confirme, mes copains ne sont pas des fachos », s’amuse l’adolescent.

D’abord, il y a eu la bourde de la ministre, le 12 janvier, qui justifiait son choix de l’enseignement privé catholique élitiste pour ses trois fils par les manquements du public, en l’occurrence l’école de la rue Littré, située à quelques centaines de mètres de Stanislas, d’où elle avait retiré son fils. Puis ce fut la publication, le 16 janvier, par Mediapart du rapport accablant produit en juillet 2023 par l’inspection générale de l’éducation. Et, enfin, la révélation que Stanislas aurait contourné, pour trente-huit élèves, dont le fils de la ministre, les règles de Parcoursup. L’entre-soi bourgeois aime la discrétion et n’apprécie pas du tout ce tohu-bohu. Rares sont ceux qui acceptent de livrer leurs impressions et tous le font sous couvert de l’anonymat.

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