A perte de vue, des chantiers de construction. Routes, canalisations, usines… Les travaux se multiplient le long de la bande côtière urbanisée d’Oman, sous un soleil écrasant, comme dans le désert. La lumière est blanche, continuellement voilée par des nuées de poussière et de sable mêlés. Valentin Valette y voit un rapport d’inhérence à la topographie de la pétromonarchie, et le signe d’une course effrénée à la croissance économique.

Le photographe des Pyrénées-Atlantiques, âgé de 30 ans et d’origine algérienne par sa mère, s’intéresse depuis toujours aux mondes arabe et musulman. Il juge cette partie orientale de la péninsule Arabique particulièrement « intrigante ». Même si, remarque-t-il, Oman, pays grand comme l’Italie, « n’est plus cette terre mystérieuse et méconnue qu’il a longtemps été ».

Au pouvoir durant un demi-siècle, record absolu dans les pays du Golfe, le sultan Qabous Ben Saïd, père de la nation omanaise, a œuvré au développement exponentiel de « la perle de l’Orient ». Cinq ans après la mort, en 2020, de ce personnage adulé (de gré ou de force) dans le moindre foyer, la population s’interroge toujours sur l’après. « Elle aimerait savoir si la croissance va se poursuivre au même rythme, stagner, ou ralentir », observe Valentin Valette. Car Oman est menacé par l’amenuisement annoncé des ressources pétrolifères et gazières, comme ses voisins saoudiens, émiratis et yéménites.

Chantiers cachés

Diversifier urgemment l’économie, telle est l’obsession du nouveau dirigeant d’Oman, le sultan Haïtham Ben Tareq, cousin du précédent. « Il rêve d’ouvrir un chemin vers le tourisme de luxe, en attirant les amateurs de sensations fortes en 4 × 4 dans le sable doré, et les adeptes de nuit sous la tente, à l’abri d’oasis perdues », rapporte le photographe. Valentin Valette file la métaphore de la poussière : « Les cendres de la séquence historique qui a pris fin en 2020 ont cédé la place au sable que laissent en suspension dans l’air les grues et les pelleteuses des grands travaux du nouveau sultan. »

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