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C’était un procès emblématique de l’habitat indigne à Marseille. Gérard Gallas, un ancien policier de 50 ans, a été condamné mercredi 24 janvier à cinq ans de prison, dont quatre ans ferme, pour avoir « industrialisé », selon les mots du parquet, la location de taudis à des personnes vulnérables.

Pour son « homme de main », Ali Faissoili Aliani, absent durant tout le procès en novembre, lors duquel il avait été présenté comme un « factotum zélé qui n’hésitait pas à faire le coup de poing contre les mauvais payeurs », le tribunal correctionnel de Marseille a prononcé une peine de quatre ans de prison ferme avec mandat d’arrêt. Les deux hommes ont également été condamnés à de lourdes amendes, de 75 000 euros pour l’ancien policier au centre de rétention administrative de Marseille et de 45 000 euros pour son ancien bras droit.

En tout, en son nom propre ou via ses SCI, Gérard Gallas, possédait une centaine d’appartements dans une dizaine d’immeubles à Marseille. Si ce procès ne concernait que les appartements situés dans quatre immeubles, l’ancien policier y détenait 72 logements, parfois aménagés dans des caves. Ceux-ci étaient loués jusqu’à 600 euros par mois, essentiellement à des étrangers en situation précaires, avec souvent des enfants mineurs.

« Mégalomane cupide »

Dans son délibéré, le tribunal de Marseille a estimé que M. Gallas avait soumis des personnes vulnérables à « des conditions de vie effroyables, dans des espaces confinés et insalubres, avec des risques majeurs pour leur santé et leur sécurité ». « La qualité d’ancien policier de Gérard Gallas, connue d’un grand nombre de locataires, n’est pas anodine », a asséné le tribunal pour justifier le jugement.

Dépeignant M. Gallas en « mégalomane cupide », le procureur avait pointé au cours du procès sa « stratégie délibérée » mise en place entre 2019 et 2021 pour « acheter des immeubles à bas prix dans des quartiers pauvres et de cibler des locataires vulnérables » : « On n’est pas dans une infraction d’ordre administratif, mais dans une infraction pénale : l’atteinte à la dignité humaine », avait insisté le magistrat.

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Durant l’audience, plusieurs locataires avaient témoigné de l’insalubrité de leurs « logements », des pièces exiguës, parfois aveugles, sans eau chaude ni chauffage, voire sans électricité, où proliféraient cafards et rats. Ils avaient aussi dit leur « peur » de l’ancien policier, qui les « menaçait » et se disait « copain avec le commissaire » de quartier. Le tribunal, qui est allé au-delà des réquisitions du procureur, a mis en avant les « circonstances aggravantes » liées à la « pluralité de victimes » et à « la grande ampleur » des faits, « répétés sur plus de trois ans malgré de nombreuses alertes ».

Projet de loi adopté à l’Assemblée

Absent mercredi à la lecture du délibéré, M. Gallas est actuellement hospitalisé après avoir été placé en détention dans un autre dossier. Le parquet d’Aix-en-Provence a en effet précisé mercredi qu’il avait été écroué le 17 janvier pour viols et violences habituelles sur conjoint ayant entraîné une infirmité permanente.

« C’est une grande satisfaction pour toutes les victimes. Ce sont des personnes invisibles qui ont gagné en visibilité, malgré leur statut d’étrangers en situation irrégulière », a réagi Me Aurélien Leroux, avocat de plusieurs locataires et de deux associations marseillaises, Réseau Hospitalité et Un centre-ville pour tous.

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Pour le maire de Marseille, Benoît Payan (divers gauche) : « L’impunité, c’est terminé. » « Notre mobilisation contre les marchands de misère porte ses fruits et va être renforcée grâce au projet de loi adopté à l’Assemblée nationale », a-t-il également assuré dans un message posté sur X. Ce texte voté mardi en première lecture au Palais Bourbon (126 voix pour, 1 contre) vise notamment à « accélérer et simplifier la rénovation de l’habitat dégradé ».

Le texte prévoit notamment un renforcement des sanctions pénales contre les marchands de sommeil. Un amendement communiste a ajouté, en tant que peine complémentaire, l’impossibilité pour ces bailleurs, pour une durée maximum de 15 ans, d’acquérir un bien immobilier autre que leur résidence principale.

Le Monde avec AFP

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