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Histoires Web mercredi, février 21
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LETTRE DE MADRID

L’Espagne peut conserver le tableau de Camille Pissarro Rue Saint-Honoré, après-midi. Effet de pluie qu’elle expose dans son musée madrilène depuis 1992, bien qu’il provienne du pillage d’une famille juive par les nazis en 1939. Après presque vingt ans de bataille judiciaire, la fondation Collection Thyssen-Bornemisza a obtenu gain de cause, le 9 janvier, devant la cour d’appel de Californie face à la famille Cassirer.

Si la loi californienne aurait permis à la famille la restitution du bien, c’est « la loi espagnole qui doit être appliquée pour déterminer la propriété de la peinture », a conclu le tribunal américain. Or, « en vertu de l’article 155 du code civil espagnol, la collection Thyssen-Bornemisza a acquis la propriété de la peinture », a rappelé la cour. L’article en question fait référence à l’usucapion ou prescription acquisitive, c’est-à-dire l’acquisition d’un bien acquis de bonne foi par une possession publique et prolongée dans le temps. Le chapitre judiciaire devrait se clore. La controverse, et les questions morales et éthiques qu’elle soulève, probablement pas.

La vue de la Rue Saint-Honoré, après-midi. Effet de pluie fait partie d’une série d’une quinzaine de paysages de Paris réalisés par le peintre impressionniste français Camille Pissarro en 1897. Exposée dans une galerie d’art, elle est acquise en 1900 par un industriel et collectionneur d’art juif allemand, Julius Cassirer. A la veille de la seconde guerre mondiale, le tableau trône encore dans le salon berlinois de sa belle-fille, Lilly Cassirer. Craignant pour sa vie, celle-ci se voit contrainte, afin d’obtenir un visa pour le Royaume-Uni, de brader l’œuvre à un officier nazi, pour 360 dollars, versés sur un compte de toute façon déjà bloqué.

De Berlin à Madrid, en passant par Lugano et New York

Une fois la guerre terminée, Lilly Cassirer, qui s’est installée depuis aux Etats-Unis, décide de retrouver son tableau et entame une procédure légale en Allemagne afin d’obtenir sa restitution. En 1958, le gouvernement de la République fédérale allemande la reconnaît comme la propriétaire légale du Pissarro et lui verse un dédommagement de 120 000 marks, sans que cette somme ne suppose qu’elle renonce à récupérer le tableau. Car l’œuvre, elle, a disparu.

Plus de quarante années passent avant que son petit-fils, Claude, n’en retrouve la trace aux débuts des années 2000 grâce à un ami qui l’a vue accrochée aux murs du Musée Thyssen de Madrid. En 1976, le baron Hans-Heinrich Thyssen-Bornemizsa l’a en effet acheté dans la galerie Stephen Hahn de New York pour 360 000 dollars. Sinistre ironie de l’histoire, ce collectionneur d’art suisse est l’héritier d’un empire industriel sidérurgique créé en Allemagne au XIXsiècle par la famille Thyssen, connue pour avoir contribué au financement de la montée d’Adolf Hitler, au travers de son oncle, Fritz, affilié au parti nazi.

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