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Y a-t-il encore une chance de convaincre le président Andry Rajoelina de renoncer – dans son tracé actuel – au projet d’autoroute entre Antananarivo à Tamatave, le principal port situé sur la côte est de l’île ? Après des mois d’incertitudes et de dialogue infructueux, la coalition formée par une quarantaine d’ONG environnementales a de nouveau officiellement demandé, mercredi 10 juillet, la suspension des travaux qui mettent en péril, selon elles, 10 % des forêts primaires de Madagascar.

Parmi elles, la Fondation pour les aires protégées et la biodiversité de Madagascar, le Fonds mondial pour la nature (WWF) ou encore Conservation International qui assure par délégation la gestion du Corridor Ankeniheny-Zahamena (CAZ) qui sera coupé en deux par l’infrastructure routière.

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Cet axe à quatre voix qui doit permettre de relier les deux points névralgiques du pays, distants de 260 km, en moins de trois heures contre douze aujourd’hui par une route nationale dégradée, fait partie des projets prioritaires du chef de l’Etat réélu en novembre 2023. Il incarne sa « volonté de moderniser Madagascar » et « changera complètement le paysage économique et touristique du pays », comme il l’a rappelé début juillet en se rendant sur le chantier et en promettant son achèvement d’ici à la fin de son mandat fin 2027.

Trente kilomètres ont été à ce jour réalisés. Lancée en décembre 2022, la construction de l’autoroute confiée à l’entreprise égyptienne Samcrete a déjà subi une série de rebondissements provoqués notamment par l’absence initiale de permis environnemental. Le directeur de l’Office national de l’environnement, qui en avait fait la révélation en mai 2023, avait été limogé dans la foulée.

Un des derniers grands blocs de forêt dense humide

L’empiètement du tracé sur la colline royale d’Ambohimanga, berceau de la dynastie merina inscrite au patrimoine mondial, a également conduit l’Unesco à brandir des menaces de déclassement du site culturel. Le tracé a été révisé et les premiers kilomètres de route déblayés ont été abandonnés.

Dans leur plaidoyer, les ONG rappellent l’importance de préserver l’intégrité d’un des derniers grands blocs de forêt dense humide de Madagascar qui fait fonction de château d’eau pour les grandes vallées de l’Alaotra et des plaines rizicoles des environs de Tamatatave.

« En donnant accès au cœur de la forêt, l’autoroute apporterait plus d’activités destructrices que de développement : culture sur brûlis, trafics, exploitation minière illicite… Concrètement, il est très probable que le corridor CAZ ne serait plus jamais un grand massif mais deux forêts distinctes, bien plus réduites en taille et dans leur capacité de résilience écologique », écrivent-elles dans leur communiqué.

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L’aire protégée d’une superficie de 370 000 hectares fait partie des zones pour lesquelles Madagascar a reçu, fin 2023, 8,8 millions de dollars (8,1 millions d’euros) de la Banque mondiale au titre de la séquestration du carbone. Il s’agit de la première tranche d’une contribution sur un fonds promis de 50 millions de dollars à condition que le pays tienne ses engagements en matière de lutte contre la déforestation. Madagascar s’est en outre fixée comme objectif de restaurer 4 millions d’hectares de terres dégradées et de forêts d’ici à 2030.

Interrogé par Le Monde en juin, le ministre de l’environnement, Max Andonirina Fontaine, avait assuré que la biodiversité sera préservée grâce « un changement de tracé, des tunnels ou des ponts », tout en défendant la nécessité de construire cette autoroute.

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