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Histoires Web mercredi, avril 24
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Etienne Dinet (1861-1929) est loin d’être une figure majeure de l’histoire de l’art. Peintre orientaliste, dit-on de lui. Or, l’épithète « orientaliste » est aujourd’hui plutôt nettement péjorative. Elle sous-entend un pittoresque du Sud destiné à un public européen, des guerriers maures et des déserts pour les salons des amateurs fortunés, des odalisques et des danses du ventre pour leurs chambres à coucher, le tout sur fond de colonisation de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Que Dinet, qui a traité de tels sujets, soit néanmoins exposé à l’Institut du monde arabe, à Paris, pourrait donc apparaître comme une incongruité. Or, tel n’est pas le cas, ce que confirme la forte fréquentation de l’exposition. On y entre curieux, on en sort perplexe.

Dinet naît à Paris, dans une famille bourgeoise. Il passe par le lycée Henri-IV, les Beaux-Arts et l’Académie Julian, où il suit l’enseignement de William Bouguereau et de Tony Robert-Fleury : difficile d’être plus conventionnel. Il expose pour la première fois en 1882, au Salon des artistes français : même remarque. En 1884, grâce à une bourse, il se rend en Algérie, à Bou-Saada. Ce qu’il voit le convainc d’y revenir l’année suivante, puis en 1887. Dès lors, il partage son temps entre l’Algérie et la France, jusqu’à installer son atelier à Biskra, en 1900, puis à acheter une maison à Bou-Saada, en 1904, tout en continuant à présenter avec succès ses œuvres à Paris, en 1888 à la galerie Georges Petit, puis en 1889 à l’Exposition universelle.

Danseuses et prostituées

Il construit sa notoriété grâce à des paysages (oasis, désert) et des scènes quotidiennes (jeux d’enfant, marché). Il se risque aussi du côté de la peinture d’histoire héroïque, en illustrant l’épopée d’Antar, héros d’une légende sanglante. Pour ne pas trahir l’intensité de la lumière algérienne, il ose de plus en plus les couleurs claires et glisse vers un postimpressionnisme solaire, cieux turquoise se reflétant dans l’eau parmi des rochers orange et des sables ocre rose. Les tissus et les fleurs ne sont pas moins chatoyants. Le voyage en Algérie est alors à la mode chez les peintres, et, en 1906, Matisse (1869-1954) se rend à Biskra, devenue lieu de séjour touristique avec grands hôtels et casino. Dinet contribue à cette mode.

A son retour, Matisse peint son Nu bleu, sous-titré Souvenir de Biskra, qui montre, en grand format, une nudité aux formes très sculpturales sur fond de palmes et de fleurettes. Dinet n’est pas en reste dans ce genre. Il peint, lui aussi, de nombreux nus, qui occupent une salle de l’exposition. Ce sont des jeunes femmes dont les lauriers roses ne cachent qu’en partie l’anatomie, des beautés qui s’étirent complaisamment au clair de lune ou écartent en souriant leurs voiles pour montrer leurs seins.

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