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Malgré un plan de modernisation des abattoirs lancé par le gouvernement en 2021, les dysfonctionnements et les souffrances animales dans certains abattoirs n’ont pas cessé. L’association L214, qui lutte contre la maltraitance animale, publie, jeudi 18 janvier, des images issues d’une enquête au sein de l’abattoir municipal de Craon, en Mayenne, qui montrent de nombreuses infractions, notamment des reprises de conscience chez plusieurs bovins après l’étourdissement, et des animaux présentant des signes de vie lors de la découpe. L’établissement avait pourtant été sélectionné en 2021 pour recevoir une subvention publique de 266 000 euros dans le cadre du plan abattoirs – intégré au plan France relance et présenté comme une des mesures du gouvernement pour améliorer le traitement des animaux.

Les images diffusées par L214 ont été filmées en novembre et décembre 2023. « On a été très surpris par le nombre d’animaux qui n’ont pas perdu ou reprennent conscience après l’étourdissement, constate Bérénice Riaux, du pôle enquête de L214. Chez les bovins, c’est la majorité des animaux qui montrent des signes de conscience, que ce soit à la sortie du box d’étourdissement, lors de l’affalage [quand les animaux tombent] mais aussi au moment de la saignée. » Pour différencier les signes de conscience de mouvements réflexes, l’enquêtrice de l’association s’appuie sur les images où les bovins redressent la tête ou tentent de ramper, des comportements ne pouvant être assimilés à un seul mouvement nerveux.

Plus choquant encore, l’association relève que dans certains cas, les animaux semblent encore en vie au moment de la découpe, qu’il s’agisse de la découpe des pattes, de cornes, ou de la tête. « On n’avait jamais vu, dans nos précédentes enquêtes, d’animaux qui présentent des signes de vie au moment de la découpe », poursuit Mme Riaux. La réglementation impose que l’animal soit mort à cette étape. Or, si les images filmées ne permettent pas de savoir si certains bovins restent conscients ou pas, l’association s’interroge sur certaines de leurs réactions, comme lorsqu’une des vaches replie une patte avant lorsqu’on lui découpe l’autre.

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« Un problème structurel »

Il existe pourtant des indicateurs permettant de contrôler si l’animal est conscient ou pas : le contrôle de la respiration, la réaction au réflexe cornéen, la poursuite oculaire… Mais dans les images filmées à Craon, l’état de conscience des bêtes n’est pas vérifié, et aucun étourdissement d’urgence n’est pratiqué.

Image diffusée par l’association L214, montrant l’abattage de bovins à l’abattoir municipal de Craon (Mayenne).

« 4 500 animaux sont abattus chaque année à Craon, note Bérénice Riaux. On est sur des cadences “light”, loin des cadences industrielles, mais on voit clairement qu’il y a un problème structurel dans cet abattoir au niveau de l’étourdissement. » Problèmes matériels ou manque de formation du personnel, l’association reste prudente sur les raisons des non-conformités relevées. Mais l’enquête de L214 met en évidence des défauts dans les installations, notamment du box de contention censé immobiliser les animaux pour permettre l’étourdissement, et au sein duquel des veaux sont capables de se retourner entièrement. Une partie de l’enveloppe de subvention du plan de relance devait notamment servir à rénover ce box. Contactés, la direction départementale de la protection des populations de Mayenne, chargée de contrôler le respect de la réglementation par l’établissement, et le ministère de l’agriculture n’avaient pas encore réagi mercredi soir.

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