
Des critiques cinglantes de la chambre régionale des comptes (CRC) de La Réunion, des signalements et plaintes au parquet de Saint-Denis : le comité national d’accueil et d’actions pour les Réunionnais en mobilité (CNARM) est mis en cause pour une série de malversations financières au parfum de scandale local.
Un rapport de la juridiction financière, dont Le Monde a pu prendre connaissance, étrille les graves dysfonctionnements de cette association créée en 1965 par Michel Debré, ancien premier ministre et alors député de La Réunion. Le CNARM était initialement chargé de trouver des solutions à une démographie galopante dans un département marqué par une grande pauvreté en aidant la mobilité des Réunionnais vers un emploi dans l’Hexagone. Son activité, jugée « en déclin », a perduré en raison du poids du chômage dans l’île (17 % environ en 2025). En 2024, le CNARM, qui compte une trentaine de salariés, a accompagné 1 481 départs de l’île. Son budget était de 11,5 millions d’euros assurés par des subventions du conseil départemental (63 %) et du fonds social européens (37 %).
Le rapport fustige d’abord un « modèle associatif dévoyé par un fonctionnement clos », sans contrôle de la collectivité territoriale, et centré autour de l’ancien président de la structure, Ibrahim Dindar (élu divers droite au conseil départemental, à la tête du comité de 2008 à 2023) et de l’actuel, Bernard Picardo, qui est aussi le président de la chambre des métiers. La CRC n’hésite pas à parler « d’endogamie » dans une structure captée par un clan politique, « réunissant majoritairement des élus ou d’anciens élus du conseil départemental », et devenue une rente de situation.
Recrutements et avancements « opaques »
Les abus égrenés dans le document sont multiples, par exemple des conseils d’administration organisés à Paris pour les administrateurs et la direction, occasionnant pour près de 145 000 euros de frais de déplacement en 2023 et 2024. Pire, un ancien comptable est soupçonné d’avoir détourné près de 450 000 euros. Ce qui a donné lieu à une plainte déposée en décembre 2024 – un an après les premiers signalements par la direction du CNARM.
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