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Les collections masculines automne-hiver 2024-2025, qui se sont tenues à Paris du 16 au 21 janvier, ont permis à certains créateurs de se confronter à l’art de la collaboration. Si, ces dernières années, cet exercice de style – combiner son univers à celui d’un artiste ou d’une autre griffe – a pu provoquer l’overdose, cela reste une proposition intéressante, à condition de ne pas y perdre son identité.

Chez Loewe, Jonathan Anderson, à la tête du style de la maison espagnole depuis 2013, a convoqué l’artiste contemporain américain Richard Hawkins non seulement dans le décor, mais également sur les vêtements. Ses grandes toiles faites de collages colorés mêlant des visages de célébrités – on reconnaît Justin Bieber –, des fleurs, des papillons, des hommes nus ou encore des lettres flottantes sont accrochées sur les murs de la grande salle blanche, installée au sein de la garde républicaine. Cet imaginaire se retrouve également brodé sur de longues robes en maille, des vestes zippées à capuche ou encore des sacs cabas.

Dans le reste de la collection, des chemises à carreaux glissées dans de larges pantalons en cuir, des petits pulls jacquard associés à des pantalons de jogging, des chemisiers sages ou encore des vestes desquelles s’échappent des pans de tissus colorés, « comme l’adolescent qui sort du lit et emporte avec lui la pile de linge qui s’y trouve », explique le créateur, à l’issue du défilé. La bande-son, un mix d’interviews de Sean Penn et de Justin Bieber (encore lui !), et d’extraits de westerns, était ici une référence directe aux Etats-Unis, que l’on a également ressentie dans la collection, entre chemises de bûcheron et esprit grunge des années 1990. « Des héros et des bad boys, un duo très américain ! »

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Chez Issey Miyake, c’est le designer et artiste Ronan Bouroullec qui a été invité à s’infiltrer dans le décor et la collection. Sur les murs blancs d’un espace du Palais de Tokyo ont été accrochés pantalons, écharpes ou blouses peints de ses motifs abstraits et colorés. « Ils m’ont contacté il y a un an et demi et m’ont dit que l’équipe de design voulait travailler avec mes dessins pour la prochaine collection. J’ai d’abord dit non ! Je trouve que les collaborations dans la mode ne sont souvent pas très respectueuses, c’est vite avalé, utilisé… », explique le designer.

Costumes intergénérationnels

Le non s’est finalement transformé en oui, et Bouroullec s’est alors attaché à peindre des motifs abstraits et colorés, faits de lignes et de courbes, que l’équipe de design a reproduits sur les vêtements. Ses traits, peints au pinceau japonais à pointe fine, s’intègrent parfaitement aux pantalons souples, tee-shirts longs, capes amples ou encore chemisiers boutonnés, façonnés pour la majorité dans le plissé typique de la maison. On retrouve ces motifs sur des écharpes et des coussins moelleux, qui accompagnent de longs manteaux droits. La palette de couleurs, du blanc écru au vert acide en passant par un rose soutenu, sert parfaitement cette proposition poétique.

C’est avec un autre artiste que Chitose Abe, fondatrice de la marque Sacai, s’est associée cette saison : Mark Gonzales, artiste et skateur californien culte, qui fut l’un des premiers à emmener cette discipline dans la rue, au début des années 1980. Il a ainsi imaginé des patchs aux messages d’amour – « One Love », « The Good Vibes Tribe »… – qui ont été floqués sur des pulls en maille, des doudounes rebondies ou des blousons bombers zippés.

On retrouve les tics de la créatrice : les superpositions, les volumes exagérés et les jeux de déconstruction, dans les vestes ou les pantalons lâches. Aux pieds, les mannequins portent le fruit d’une autre collaboration, avec le chausseur J.M. Weston, dont les modèles Derby Golf et les bottines Worker portent la signature Sacai : une semelle allongée qui dépasse à l’arrière du talon.

Sept collaborations ! C’est le score de la collection Junya Watanabe, qui fait affaire avec différentes marques de mode. Celles-ci nourrissent ses expérimentations sur le costume, qu’il déconstruit et reconstruit dans différentes matières : en total look denim Levi’s, en bleu de travail Carhartt, en laine Brooks Brothers… Le Japonais possède un univers assez singulier pour se permettre de faire venir autant d’invités et atteint son but : proposer des costumes capables de séduire toutes les générations.

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Cette volonté de parler au plus grand nombre se retrouve d’ailleurs dans le casting, qui rassemble des hommes âgés (avec des rides, et pas seulement une crinière argentée), d’autres, à peine majeurs, des punks aux cheveux dressés sur la tête, des gentlemen gominés. Tous mis en valeur et tous singuliers dans les expérimentations de Watanabe.

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