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Histoires Web mardi, mars 5
Bulletin

De temps en temps, Jean-Michel Alberola donne des nouvelles. La dernière fois qu’il l’a fait à Paris de manière aussi substantielle qu’aujourd’hui, c’était au Palais de Tokyo, en 2016. On ne peut donc pas dire que l’artiste, qui est né en 1953, abuse des expositions. Celle qu’il présente à la galerie Templon est en deux parties distinctes et complémentaires.

La première, la plus vaste, rassemble au rez-de-chaussée de la galerie une vingtaine de toiles – ce qui est beaucoup pour un peintre qui peut revenir sur la même œuvre très longtemps avant de la juger terminée. La plupart appartiennent à la série « Les Rois de rien », engagée il y a une vingtaine d’années maintenant. Ce sont des œuvres simultanément abstraites et figuratives dans lesquelles Alberola fait tenir ensemble des fragments d’images et des surfaces colorées étirées ou carrées, assez régulières ou très déchirées.

La surface de la toile est divisée en zones compartimentées de façon plus ou moins stricte par des lignes de montage qu’il trace en couleur. Les morceaux de représentations renvoient aux artistes et philosophes qui sont les références d’Alberola : Tatline, Kafka. On y reconnaît encore les pyramides d’Egypte et les primitifs siennois. Des noms sont aussi écrits : par exemple, du côté de la musique, Bo Diddley ou Bob Dylan.

Travaux récents

Parfois, le dispositif est simple : les mots « Surface inconnue » sont inscrits sur une composition toute de nuances de vert et bleu glissant vers le gris. Le plus souvent, il est bien complexe, comme l’étaient les papiers collés cubistes qui exigeaient d’être décryptés par parties, puis recomposés mentalement pour être compris. Deux différences importantes cependant : les formats, qui sont plus vastes et peuvent aller jusqu’à des peintures murales ; et le chromatisme, car Alberola ne s’interdit aucune couleur, des plus rudes aux plus précieuses, et excelle à les tisser ensemble.

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On pense à nouveau au cubisme, ainsi qu’à l’art conceptuel de la fin des années 1960 et des années 1970, devant la série présentée au sous-sol, « Les Années 1965-1966-1967 ». Ce sont des travaux récents, tous sur papier, dans lesquels l’écrit l’emporte de très loin : moins des dessins que des inscriptions. Y sont nommés, datés et superposés deux ou trois événements, rarement plus. Ceux-ci ont eu lieu durant les trois années de son enquête, années ayant préparé 1968 qu’il tient pour décisives, autant dans l’histoire politique que dans celle des idées, des idéologies et de la création dans tous les domaines. C’est une manière radicale de rapprocher des faits, des livres, des morceaux de musique et de suggérer qu’ils n’étaient pas concomitants par hasard. Chaque élément a sa typographie et occupe une place proportionnée par rapport à celui ou ceux qui lui sont associés. Des abréviations et des masquages ajoutent quelques difficultés à la lecture de cette chronique. Ici, Alberola se fait plus explicitement que jamais historien et moraliste.

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