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Histoires Web vendredi, mars 1
Bulletin

Ce jour-là, le journal est, comme toujours, plié en deux et gratuit à l’entrée des nombreux restaurants orientaux qui bordent les avenues à l’est et à l’ouest de Detroit. The Arab American News. L’attraper, s’asseoir sur des banquettes en Skaï, commander l’ogdat, délicieux ragoût yéménite, ou la soupe aux lentilles quand le froid s’installe, tourner les pages au gré des nouvelles locales et lointaines, sous la lumière trop blanche des néons, tout cela fait partie des saveurs et des habitudes de la principale ville du Michigan et de ses environs.

C’est ici que vit la plus grande communauté arabe et musulmane des Etats-Unis. Là, que, au fil des quarante dernières années écoulées, des invasions et des guerres plus ou moins directement américaines au Proche et au Moyen-Orient, des Libanais, des Palestiniens, des Yéménites, des Irakiens, des Afghans, des Syriens sont venus ranimer la rouille et l’abandon, où sombraient les terres naguère emblématiques de Henry Ford.

En ce début novembre, un mois a passé depuis l’attaque sanglante et la prise d’otages du Hamas en Israël. Les intensifs bombardements israéliens sur Gaza plongent de nombreuses familles palestino-américaines dans l’angoisse, puis, de plus en plus souvent, dans le deuil.

Une arme électorale

Des blessés et des morts par dizaine de milliers, là-bas, si bien que, un jour, c’est le frère, la fille ou le cousin qui est touché. Tué par une armée largement équipée et financée par les Etats-Unis. La « une » des Arab American News laisse exploser un mot d’ordre : « Abandon Biden » (« on lâche Biden »). La colère s’est dotée d’une arme électorale, à un an de l’élection présidentielle.

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Mais qui lit de droite à gauche et en arabe prend le journal dans l’autre sens et tombe sur une autre « une » : une photo des ruines de Gaza, sous un titre qui dit simplement « Aucun répit. Nétanyahou rejette le cessez-le-feu ». The Arab American News est bicéphale. S’écrit en deux alphabets. Parle à ceux qui votent comme à ceux qui ne votent pas. A ceux qui s’immergent dans la société américaine et à ceux qui restent plus proches de leurs traditions. A ceux qui regardent les chaînes américaines et à ceux qui sont branchés sur les récits des chaînes arabes, Al-Jazira ou Al-Mayadeen.

Ses lecteurs ne comprennent pas forcément l’autre versant du journal. A son mitan, page 14, les deux langues se rejoignent. « C’est le seul endroit où l’arabe et l’anglais se rencontrent. Sinon, ils ne se rencontrent jamais », explique dans un sourire Osama Siblani.

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