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Histoires Web mercredi, février 21
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Le Théâtre royal de La Monnaie, à Bruxelles, n’avait pas présenté de Ring wagnérien depuis trente ans : Romeo Castellucci lui donne raison d’avoir attendu. C’est en effet le cœur battant que le public s’est pressé à la première de La Walkyrie, ce 21 janvier, après un Or du Rhin enthousiasmant d’intelligence et de beauté. Le metteur en scène a prévenu : a contrario des usages, il ne présentera pas la Tétralogie comme un tout, mais dotera chaque opéra d’un univers scénique singulier. Le début de La Walkyrie – le passage à tabac d’un homme nu balayé par les éléments aquatiques déchaînés – renvoie pourtant à la violence exercée par Wotan sur Alberich après lui avoir volé l’anneau.

Lire la critique (2023) | Article réservé à nos abonnés Romeo Castellucci et son « Or du Rhin » magistral et transcendant, à Bruxelles

Dernières ponctuations de cuivres et roulements de timbales, la scène s’ouvre sur un plateau noir : l’antre où vit Sieglinde, épouse captive de Hunding, la jumelle disparue de Siegmund, à qui elle va justement porter secours. Après les dieux, nous voici chez les humains. Le violoncelle accompagne l’accueil de la femme miséricordieuse, désaltérant le malheureux et le vêtant d’atours chevaleresques, au milieu d’un enchevêtrement mobilier quasi monacal, table, armoires, et même un petit lit, peut-être celui de l’enfant à naître, fruit de l’amour incestueux du frère et de la sœur. L’arrivée de Hunding est précédée d’un chien noir, silencieux et souple, furetant au gré des croquettes qui lui sont discrètement octroyées.

Public médusé

Romeo Castellucci a fait de l’animal le centre du plateau, de la vie dans son acception la plus essentielle, et partant, un truchement du divin. Au deuxième acte, de blanches colombes voletteront autour de Fricka, elle-même engoncée dans des ruchés superposés telle une icône baroque. Cette détentrice de la loi conjugale, accompagnée de ses suivantes, réduira à quia les désirs de Wotan (sauver son fils, Siegmund), tandis qu’elle sacrifie lentement deux oiseaux. Plus tard, à l’acte III, la chevauchée des Walkyries offrira au public médusé le long remugle charnel et sombre d’un manège de neuf chevaux noirs à la robe somptueuse.

Sieglinde et Siegmund se sont aimés dans les fleurs et l’initiation orgiaque du printemps. Ils ont scellé dans le sang leur nouvelle naissance dans d’enivrantes noces. Le héros a retiré l’épée cachée dans le sein féminin. Tous deux n’ont eu d’autre choix que de fuir. La mort les a rattrapés, dont l’oracle n’est autre que la fille chérie de Wotan, Brünnhilde, flanquée de quatre grands pâturons blancs (manipulés par des hommes invisibles). Fulgurance géniale, lorsqu’un sabot comminatoire se posera sur la poitrine de la rebelle, que la découverte compassionnelle de l’amour humain incline à la désobéissance.

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