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« QPV », un label à double tranchant. D’un côté, obtenir le statut de quartier prioritaire de la politique de la ville donne accès à des crédits permettant de mener davantage d’actions en direction des publics les plus fragiles. De l’autre, il marque une partie d’un territoire du sceau des difficultés accumulées. Une image dégradée qui peut faire fuir investisseurs, promoteurs et classes moyennes en quête d’une nouvelle adresse.

Pour Denis Oztorun, le maire (communiste) de Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), la question ne s’est pas posée. Il s’est battu pour que le quartier Saint-Exupéry fasse son entrée dans la carte de la nouvelle géographie prioritaire, dévoilée par décret le 28 décembre 2023, et figure parmi les 1 362 « QPV » retenus en métropole (contre 1 296 en 2015). Comme le quartier Fabien avant lui. « Evidemment qu’on veut les fonds de la politique de la ville, lance-t-il. Et au-delà des financements, ce que l’on obtient, c’est le regard de toutes les institutions – éducation nationale, culture, sport, emploi… – sur une population. »

Dans une ville de 19 000 habitants qui compte 70 % de logements sociaux, les crédits accordés au titre de la politique de la ville peuvent « donner un nouveau souffle aux associations et lancer toute une dynamique », espère Mathilde Maraux, coordinatrice du programme de réussite éducative et de la politique de la ville à la mairie.

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Notamment en matière de rénovation urbaine. Car le label QPV assure aux bailleurs sociaux une exonération de 30 % sur la taxe foncière sur les propriétés bâties. C’est autant d’argent à réinvestir sur le terrain. « On va pouvoir s’appuyer sur le label QPV pour inciter le bailleur [groupe Valophis] à obtenir des subventions et investir dans la maintenance des immeubles et les services aux locataires », se félicite Narimane Outtar, directrice générale adjointe chargée du pôle aménagement durable, cadre de vie et patrimoine.

Un découpage qui n’a « aucun sens »

Prochaine étape : la signature des contrats de ville, qui fixent le cadre d’intervention des pouvoirs publics dans les quartiers prioritaires et les montants alloués localement, prévue pour le mois de mars. Avec Saint-Exupéry, c’est désormais 22 % de la population de Bonneuil-sur-Marne qui vit dans un QPV. Avant la loi Lamy de 2014, qui a « simplifié » les règles établissant les zones dans lesquelles allait s’appliquer la politique de la ville, c’était 90 %.

Denis Oztorun maudit « ces petits carreaux » auxquels « personne ne comprend rien » et qui n’ont « aucun sens ». C’est ainsi que l’élu appelle le découpage de la géographie prioritaire, qui détermine les quartiers politique de la ville sur la base d’un « carroyage de 200 mètres de côté », peste-t-il. « C’est une façon absurde de quadriller le territoire », bougonne-t-il, en expliquant comment le quartier Fabien a été contraint de « sortir » de son périmètre un ensemble de barres d’immeubles baptisé Les Chanteurs lors du précédent découpage, en 2014, pour obtenir le label QPV. « Un non-sens absolu ! Mais c’était le seul moyen de maintenir Fabien en QPV », commente-t-il.

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