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L’Afrique du Sud, où s’est ouverte, le 26 février, une réunion du G20 consacrée à la lutte contre la pauvreté, peut mesurer le triomphe des égoïsmes nationaux à l’aune des nombreuses absences parmi les ministres des finances conviés à cette occasion. Une ombre pèse, de fait, sur la réunion au Cap : l’offensive lancée à Washington contre l’agence des Etats-Unis chargée de l’aide au développement, l’Usaid, qualifiée de « nid de vipères » par Elon Musk, chargé par Donald Trump d’une mise au pas idéologique de l’Etat fédéral.

L’homme le plus riche du monde a décidé de supprimer brutalement les programmes de santé ou d’aide alimentaire qui bénéficient aux populations les plus démunies de la planète. Quelles qu’en soient les conséquences, qui se mesureront en vies perdues. Il s’agit, ni plus ni moins, de renverser une fois pour toutes un pilier du soft power américain.

Ce revirement de Washington est d’autant plus problématique qu’aucune piste ne se dégage pour compenser les 70 milliards de dollars (67 milliards d’euros) consacrés annuellement par les Etats-Unis, plus gros contributeurs, à l’aide internationale. A titre d’exemple, la fondation créée par le milliardaire philanthrope Bill Gates (qui contribue au financement du « Monde Afrique ») alloue moins de 2 milliards de dollars à la santé alors que l’Usaid en déboursait jusqu’à présent six fois plus pour des traitements contre le sida et la lutte contre les épidémies.

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Aucun secours n’est à attendre de la Banque mondiale dont les Etats-Unis sont le principal actionnaire. Confrontée à des difficultés économiques, la Chine a déjà réduit les montants de prêts consentis à des pays en développement, principalement pour financer des projets d’infrastructures et non des programmes de santé ou d’éducation.

Remise en cause frontale

Les autres principales puissances mondiales sont également confrontées à des arbitrages défavorables à l’aide internationale. Le 25 février, le premier ministre britannique, Keir Starmer, a ainsi annoncé une baisse (de 0,5 % à 0,3 % du PIB) de cette aide au bénéfice du budget de la défense.

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La même dégradation se manifeste en France où le président, Emmanuel Macron, s’était engagé, par une loi de programmation, à porter l’aide internationale à 0,7 % du PIB à l’horizon 2025. Après une augmentation significative au cours de son premier mandat, la trajectoire s’est depuis inversée, comme chez les voisins européens. Ce recul coïncide avec une remise en cause frontale de cette aide. L’offensive menée par les élus d’extrême droite est antérieure au retour de Donald Trump à la Maison Blanche, mais elle ne peut que s’inspirer des slogans simplistes martelés aux Etats-Unis pour dénoncer un gaspillage de l’argent des contribuables.

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Sur la défensive, le directeur général de l’Agence française de développement, Rémy Rioux, semble estimer que le seul plaidoyer audible est un discours utilitariste dans lequel la France est présentée comme la principale bénéficiaire des prêts consentis. Il met ainsi en avant les 3 milliards d’euros de contrats qui profitent à des entreprises françaises, comme les 40 000 emplois occupés par de jeunes Français, créés par l’aide publique au développement.

Un tel discours met sous le boisseau les valeurs qui constituent pourtant son fondement : la solidarité, comme la volonté de réduction des écarts de richesse avec les pays pauvres. Parce qu’elle peut contribuer à réduire les désordres du monde dont aucun pays n’est préservé, cette aide internationale doit être défendue pied à pied.

Le Monde

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